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 La tristesse des brumes

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MESANGE
Kalé'reporter
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MessageSujet: La tristesse des brumes   Mar 2 Oct 2012 - 0:47

Leur dernière étreinte avait été intense, presque violente, comme si toute une vie devait s’offrir entièrement en un instant, comme si la force de leur amour devait marquer leurs cœurs au fer de l’éternité. Garder à jamais son empreinte, s’enivrer de son odeur, sceller leur promesse éclatante.

Puis vint le petit matin. Sans un mot, il se leva, quittant son corps chaud. Déchirure silencieuse ! Il jeta un dernier regard sur son visage endormi, prit son sac et sortit. Il faisait frais. L’automne était arrivé. Les brumes s’étiraient langoureusement sur la surface des champs labourés ou s’accrochaient aux branches des arbres comme des lambeaux de chagrin. Marcher, ne plus penser. Pas à pas, aller de l’avant, vigoureusement. Sa destinée l’attendait, décidée, sûre d’elle. Elle captait son souffle, enserrait son corps musclé, obsédait ses pensées.

Quand Marie s’éveilla, les brumes matinales avaient largement cédé leur place à une lumière chaude et généreuse. Fulgurante fut la douleur du manque ! D’un bond, elle s’élança au-dehors. Espoir insensé ! La route brillait au soleil, désespérément vide, se déroulant tel un ruban d’acier, imperturbable. En son cœur, la meurtrissure s’accentuait. Un vertige la saisit, l’envahissant d’une insondable douleur. Pourtant, elle resta debout, immobile, longtemps…

*****

Trois mois s’étaient écoulés depuis son départ, trois mois où chaque jour pesait lourdement sur les pensées de Marie. La première neige était tombée, fine couche de poudre scintillante recouvrant forêts et champs. La nature semblait se lover au creux de ce manteau blanc. Une atmosphère paisible enveloppait la contrée.

Au village, les activités s’étaient ralenties à leur tour. Une fois les récoltes terminées, chacun avait pris ses quartiers d’hiver. Les flammes se mirent à danser dans les cheminées, les visages d’enfants rougissaient comme des pommes mûres, les hommes, calfeutrés dans leurs habits épais, ramenaient le bois, bricolaient ça et là. Toute la vie semblait se recroqueviller, se concentrer autour du foyer, escargot retranché tout au fond de sa coquille.

Marie avait travaillé durement durant l’automne. Engagée au gré des besoins, elle n’avait pas ménagé ses forces. Elle préférait s’activer plutôt que de se laisser aller à la mélancolie. Ainsi, elle n’avait pas le temps de trop penser. Mais le soir dans son lit, les yeux ouverts sur l’obscurité, elle ressentait cruellement le vide et cette douleur déchirante qui lui arrachait les larmes malgré elle. Combien de temps devrait-elle encore attendre, ressentir les affres de l’incertitude, se sentir consumée par l’insupportable absence ?

Un matin enfin, le facteur sonna à sa porte. Il lui remit une lettre. Son cœur avait bondi, son esprit s’était emballé, rythme endiablé, danse désordonnée. Mais au lieu de l’ouvrir, Marie avait retenu son souffle durant toute la journée, le précieux trésor enfoui dans son tablier. Ne pas céder à la tentation de le déchirer, de crier de joie, ne pas exploser, non, le garder encore, le sentir brûler tout contre elle. Attendre, attendre encore, de toutes ces forces.

Puis vint le soir. Assise sur le tabouret de la cuisine, la lettre sur ses genoux, elle prit le couteau, décacheta le pli, ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Ses mains tremblaient.
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Admin
Admin
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MessageSujet: Re: La tristesse des brumes   Mar 2 Oct 2012 - 8:48

On ne peut commencer à lire sans avoir en tête la 4ème de couverture, et donc l'image de Marie ( je suppose que c'est elle) dans le cimetière.
J'ai eu tendance, donc, à lire vite pour voir si tu mettais des indices à propos justement de la scène que tu as décrite la semaine dernière.
J'ai du donc relire, plus attentivement pour m'imprégner du texte.
quand un livre m'intrigue, me passionne, je fais souvent ça: je lis vite une page pour "savoir" puis je relis pour apprécier.

Inutile donc de te dire que j'apprécie ton texte, que j'aime l'ambiance et que je suis déjà attachée à ton personnage qui porte le même prénom que ma fille aînée salut bas

_________________
Admi.....ratrice de vos mots!
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MESANGE
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: La tristesse des brumes   Mar 2 Oct 2012 - 9:04

Merci Admin pour ton com', merci d'aimer ce que j'ai écrit. J'aime le prénom de Marie depuis que je suis petite, j'aurais aimé m'appeler ainsi....
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Silhène
Maîtrise le sujet
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MessageSujet: Re: La tristesse des brumes   Mer 3 Oct 2012 - 19:39

Au début de la lecture, à la différence d'Admin, j'ai oublié la 4ème de couverture, le cimetière et ce qu'il en résulte.
J'ai simplement découvert une histoire d'amour, belle et simple, authentique.
Mais en lisant le mot "facteur", j'ai enfin réalisé le drame qu'elle allait vivre, et j'ai pensé à la guerre, aux hommes qui partent, aux femmes qui attendent, à l'incertitude et à la peur pour tous.
Si une suite il devait y avoir, j'aimerais vraiment la lire salut bas
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MESANGE
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: La tristesse des brumes   Mer 3 Oct 2012 - 20:02

Te tiendrai au courant, Silhène, si suite il y aura.
Ce qui est sûr, c'est que la fin est toute proche (voir prochaine consigne Wink )
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MessageSujet: Re: La tristesse des brumes   

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