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 La demoiselle, le milan et la pomme

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catsoniou
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MessageSujet: La demoiselle, le milan et la pomme   Mar 23 Oct 2012 - 18:39

En ce temps-là, mon imagination était fertile : seul ou avec les petits voisins dont j'étais l'ainé d'une courte tête, heureuse revanche pour le cadet d'une fratrie de neuf, un rien servait de base à des jeux interminables, mais cela ne m'a pas laissé d'impérissables souvenirs.

La marelle ? Nous étions avantagés, ma sœur et moi :la cuisine et ses grands pavés de 60 centimètres au carré nous évitait le traçage au sol. Point de départ, deuxième pavé devant le vaisselier, le ciel entre la porte d'entrée et la fenêtre, à côté du « broustier » qui, comme chacun sait, est la réserve de fagots, voisine de l'âtre où flambe le feu qui cuira la soupe de midi ou le grand gâteau dont aucun de la fratrie ne se souvient de la recette : avec du pissenlit ou de la confiture, c'était excellent et … bourratif ! Mais je m'égare. Ah, oui : le ciel...

En ce temps-là, voyez-vous, les vaches, ça se gardait et preuve de notre sérieux, la garde nous en était confiée, à Marie-Claire, mon ainée de deux ans et moi-même. La meilleure saison, c'était l'automne, avec ses pommes, figues et autres raisins oubliés, ou éventuellement des noix pour des jours de disette ! Et nous conduisions le troupeau de sept à huit vaches aux Cabanes ou au pré de Vège.

Aux Cabanes, grâce au dénivelé du terrain, d'entrée, vous aviez vue sur la maison de la Demoiselle du Chastang. C'est ainsi que tous appelaient Clotilde, en raison de son appartenance à une famille plus aisée que la moyenne et de surcroît propriétaire des Cabanes. Il nous arrivait souvent de laisser les vaches se remplir la panse , leur occupation favorite. Elle s'émaillait de fuites vers d'autres près éloignés ou l'herbe était plus verte, et là, on ne rigolait plus parce que le père n'aurait pas du tout, non pas du tout ! apprécié le relâchement de la surveillance, fut-ce au profit d'intermède chez la Demoiselle qui préparait un si bon café au lait agrémenté de châtaignes. Mais là n'est pas mon propos...

Cet après-midi d'octobre, Marie-Claire et la Demoiselle laissées à leurs secrets de filles, j'étais au milieu de mes vaches, ce jour-là d'une douceur angélique. Fatigue ou rêverie, je ne me souviens plus. Allongé de tout mon long, les yeux tournés vers le ciel, je regardais défiler les nuages aux formes effilochées ou arrondies, blancs, gris ou noirs, fuyant vers la colline voisine au gré du vent. Ils n'étaient pas les seuls à encombrer le ciel : il y avait aussi les corbeaux. Je me demande encore aujourd'hui si tous les corbeaux de France et de Navarre ne s'étaient pas donnés rendez-vous dans le ciel des Cabanes. Est-ce le fruit de mon imagination : parmi eux, il y avait des milans, rapaces à la queue fourchue, dont je connaissais l'existence depuis un cours récent de l'instituteur. Si par hasard, vous me voyez, tête en l'air, vous saurez que je guette le passage de l'improbable milan...

Le pré de Vège présentait un intérêt incontestable : au bout d'un chemin de charrette, cerné de garenne et de haies, aucune habitation à proximité. Garder les vaches en cet endroit, c'était pain béni. Me direz-vous que ce n'était pas un jeu ? Certes ! Pour moi, jeu ou travail n'étaient pas si éloignés. D'autant que cette année-là, je me sentais investi d'une mission d'importance...

Des meules de foin étaient restées dans le pré à cause de l'été pourri. Du haut de mes huit ans, je décidai de joindre l'utile à l'agréable. Le feu les éliminerait, du travail en moins pour mon père, et cuites sous la cendre, pommes et patates seraient ma récompense. Chez « la » Victoria, épicière à côté de l'école, je demandai une petite boite d'allumettes, sage précaution pour ne point alerter maman. Quelle flambée !!! Et pommes et pommes de terre, un véritable délice. Curieuse, une des vaches s'approche. Déjà pour le partage des richesses, je lui offris un fruit. Meuhhhh !!! Traduction : « Galopin, tu ne pouvais pas me dire que c'était chaud ». Un rien amuse les enfants. J'étais mort de rire devant la surprise du bovin : les enfants sont méchants ...


La maison de la demoiselle au tout début du printemps


Dernière édition par catsoniou le Jeu 25 Oct 2012 - 17:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Mar 23 Oct 2012 - 19:12

Je vais te faire la même remarque qu'à jean-Pierre, une partie du texte a-t-elle été tirée d'un autre texte écrit pour autre chose que la consigne?
A part cette question qui me taraude, c'est un magnifique texte. Oui, je l'ai dit: magnifique et qui convient merveilleusement à mes yeux de lectrice aimant les récits terroir. Tu excelles dans ce genre, pour mon plus grand plaisir.
Et il y a une partie qui sort encore plus du lot, c'est celle-ci:

Citation :
La marelle ? Nous étions avantagés, ma sœur et moi :la cuisine et ses grands pavés de 60 centimètres au carré nous évitait le traçage au sol. Point de départ, deuxième pavé devant le vaisselier, le ciel entre la porte d'entrée et la fenêtre, à côté du « broustier » qui, comme chacun sait, est la réserve de fagots, voisine de l'âtre où flambe le feu qui cuira la soupe de midi ou le grand gâteau dont aucun de la fratrie ne se souvient de la recette : avec du pissenlit ou de la confiture, c'était excellent et … bourratif ! Mais je m'égare. Ah, oui : le ciel...

Partie à déguster sans modération salut bas

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catsoniou
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Mar 23 Oct 2012 - 19:30

Admin écrit :
Citation :
une partie du texte a-t-elle été tirée d'un autre texte écrit pour autre chose que la consigne?

Absolument pas ! C'est de mémoire, sans rien retrancher à la réalité , y compris la marelle et je peux dire que ça allait rudement bien ...

Précision : le gâteau cuisait dans une cocote en fonte (la tartière) qui faisait au moins cinquante centimètres de diamètre, et je crois qu'il entrait de la farine de maïs dans la pâte...
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Mar 23 Oct 2012 - 19:35

C'est le gâteau à la confiture de pissenlit (fait avec les fleurs de pissenlit) c'est ça?

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catsoniou
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Mer 24 Oct 2012 - 8:54

Non, Admin, le pissenlit, c'était la salade qui accompagnait le gâteau , tout comme la confiture, parce que mangé seul, c'eut été comme de manger du pain sec , un léger gout sucré en plus ...

Chez nous, la fleur de pissenlit est utilisée pour fabriquer un apéritif
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Jean Pierre 19
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Mer 24 Oct 2012 - 9:38

Je suppose que ça ne va pas te surprendre, Cats, si je te dis que je me retrouve complètement dans ton texte et que ce n'est pas sans émotion que je viens d'en faire plusieurs lectures.
Pour ne citer qu'un exemple, l'épisode de la marelle dans la cuisine m'a replongé sur le champ plus d'un demi-siècle en arrière au temps où, vautré sous la table paysanne, j'utilisais les "veines" ou fissures du ciment grossier de la cuisine comme autant de routes imaginaires pour l'unique petite voiture que je possédais alors !
Tu me diras que des enfances campagnardes se ressemblent toutes plus ou moins, mais tout de même ! Tu as une façon de raconter qui me parle parce qu'elle colle parfaitement à la réalité. Chapeau camarade !

catsoniou a écrit:


Des meules de foin étaient restées dans le pré à cause de l'été pourri. Du haut de mes huit ans, je décidais (décidai) de joindre l'utile à l'agréable. Le feu les éliminerait, du travail en moins pour mon père, et cuites sous la cendre, pommes et patates seraient ma récompense. Chez « la » Victoria, épicière à côté de l'école, je demandais (demandai) une petite boite d'allumettes, sage précaution pour ne point alerter maman.


La maison de la demoiselle au tout début du printemps

Parce que "sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur...", une remarque au passage de l'incorrigible instit que je fus et suis encore parfois...
Dans cette phrase, j'aurais employé le passé simple qui est le temps du récit à la place de l'imparfait.


Dernière édition par Jean Pierre 19 le Jeu 25 Oct 2012 - 18:28, édité 1 fois
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catsoniou
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Jeu 25 Oct 2012 - 17:58

Merci Jean-Pierre : il m'était vaguement apparu que quelque chose clochait , je re édite...
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Nerwen
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Jeu 25 Oct 2012 - 18:44

Pauvre Cats: voici un second "oeil du maître" Suspect qui se penche sur un détail: tu écris en parlant des vaches:
catsoniou a écrit:
Elle s'émaillait de fuites vers d'autres près éloignés ou l'herbe était plus verte,
Je pense que tu as voulu écrire s'égaillaient qui veut dire se disperser, s'éparpiller....
Ceci mis à part, j'adore ton texte et l'atmosphère qui s'en dégage salut bas
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catsoniou
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Jeu 25 Oct 2012 - 20:48

Si je puis me permettre, chère Nerwen : le Wiktionnaire me dit : Cet écolier a émaillé son devoir de fautes grossières. Ce qui, j'en conviens humblement, pouvait me concerner moultes fois .

Donc, mes vaches qui étaient d'un calme relatif, émaillaient celui-ci d'incartades qui se terminant dans le pré voisin, attirait sur ma tête innocente, les foudres du paternel ...

Le même Wiktionnaire me conforte dans mon choix. En effet, il émet une éventualité : Ce second appel n’eut pour résultat que d’effaroucher les poules qui s’égaillèrent en gloussant et en battant de l’aile . Certes, mes bovins, fort douées au demeurant, eussent pu glousser du bon tour qu'elles me jouaient. Quant à battre des ailes, c' eut été très réjouissant, mais difficile, vu leur condition de ruminants . Mais revenons à nos moutons , pardon, nos vaches. Egaillées, l'une dans l'avoine, l'autre dans le maïs, la troisième dans le jardin du curé, la faute eut été bien plus grave.

Donc, en conclusion, pour ma tranquillité de vacher, il valait mieux que l'occupation favorite des vaches (se remplir la panse) fut émaillée dans un bel ensemble, en troupeau discipliné, jusque dans la faute, de fuites vers d' autres prés à l'herbe plus verte que si elles se fûtent égaillées l'une au presbytère, l'autre dans l'avoine et la troisième, je ne sais où ...

Oui, je sais: mon explication est un peu alambiquée, mais je crois que la précision s'imposait dans le souci de mettre en garde celles et ceux qui devront faire raison garder aux bovins qui leur seront confiés gné ?
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Silhène
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Jeu 25 Oct 2012 - 21:00

Heureusement que les vaches ne parlent pas, galopin !
Sinon c'était la méga fessée en rentrant pas de bol

Bah, tu es pardonné, ton beau texte te sauve la mise quel talent !
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Nerwen
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Jeu 25 Oct 2012 - 23:15

bravo J'ai lu très attentivement ton raisonnement fort bien présenté, mais je ne crois toujours pas que le verbe émailler puisse s'employer dans le cas précis de tes vaches. Ou alors il manque quelque chose, par exemple la campagne s'émaillait de leurs fuites vers ...
Si je me trompe "mea culpa" prière
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catsoniou
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Ven 26 Oct 2012 - 6:06

Très chère Nerwen : là, c'est chercher du poil sur les oeufs et cela ne tient pas la route. Pourquoi faudrait-il mettre en scène un élément supplémentaire - la campagne - alors que c'est l'occupation favorite qui s'émaille de fuites . De plus, ce qui est fondamental, et là c'est le paysan qui parle, les vaches ont cette particularité, contrairement aux poules : si leur clôture se brise ou si elle trompe la vigilance de leur gardien, elles s'en vont ensemble, manifestant ainsi une certaine solidarité, c'est donc différent de s'égailler, s'éparpiller comme tu le soulignes. L'expression,"la campagne" serait appropriée, à mon sens si échapper les vaches eut été récurrent au point de nuire à la réputation du vacher et surtout du père, et ce n'est absolument pas ce que j'ai voulu dire ... No
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Nerwen
Modératrice
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Ven 26 Oct 2012 - 15:51

Mais alors, si tu parles des vaches, pourquoi écrire au singulier "elle s'émaillait..." Question Question Question
Et bien que je prenne plaisir à cet échange (j'ai toujours aimé la controverse lol! ), ce sera ma dernière question et ... je sors
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catsoniou
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Ven 26 Oct 2012 - 17:00

Ce qui est intéressant dans cet échange , c'est que cela stimule les méninges et à mon âge, c'est un excellent exercice . Par exemple, controverse : je pense immédiatement à Michel BOUQUET à la télé dans la controverse de Valladolid...

Quant aux vaches, laissons-les à leurs errements passés rendus impossibles aujourd'hui à cause des clôtures électriques et autres transports en bétaillères fuite
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Sel
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Dim 28 Oct 2012 - 14:19

J'avoue que je serais assez curieuse de goûter ce fameux gâteau au pissenlit...

Bravo pour ce texte, et en particulier le dernier paragraphe, qui m'a fait bien rire !

bravo
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Midwinter
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MessageSujet: Re: La demoiselle, le milan et la pomme   Lun 5 Nov 2012 - 16:32

Je crois que tout a été dit...

J'ai bien la traduction du meeeeuuuuuh-langage Razz Et pour le texte en lui-même, rien à dire... bravo

Ah si ! J'ai trouvé un truc à dire... J'adooooore quel talent !
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