Kaléïdoplumes 2 : 2010 / 2013


 
PortailAccueilFAQMembresRechercherS'enregistrerConnexionArchives 2008/2009L'arbre kaléïdoLe Blog des kaléïdoplumiensKaléïdoplumes sur Facebook
L'aventure continue sur Kaléïdoplumes 3 

Partagez | 
 

 Entre quatre murs

Aller en bas 
AuteurMessage
Cassy
Admin
avatar


MessageSujet: Entre quatre murs   Jeu 2 Mai 2013 - 14:39

Des couloirs longs, larges, sans fin
Des salles de classe, blanches, fades
Des salles d'études, grandes, froides
Une sonnerie hurlante, stridente

J'ai seize ans, entre quatre murs

Des escaliers de tous les côtés,
Pour descendre, vers la sortie, vers la vie
Pour monter, dans les étages, dans les dortoirs
Du lever au coucher, présence obligatoire

J'ai seize ans, je ne pousse plus

Une cour de béton, quelques centimètres de gazon
Un carré de ciel au dessus
Trois ou quatre bancs de bois vermoulu
Derrière les grilles, la rue

J'ai seize ans, je me flétris d'ennui

Une cantine sans joie, sans âme
Des tables alignées, chaises cabossées
Carafes en fer blanc,remplies de lait tiède, de café
Repas sans saveur, vite expédiés

J'ai seize ans,je ne ris plus

Quarante lit tête bêche, par rangée de huit
Quarante couvres lits, rouge vif au plis parfaits
Lumière aveuglante, intrusive, agressive
Noir total à vingt-deux heures tapantes

J'ai seize ans, j'attends. Quoi? Je ne sais... J'attends

Je me souviens de la rue principale que je remontais chaque lundi matin, le coeur gros et le bagage lourd..
Cinq jours et quatre nuits, interminables, m'attendaient au bout de la dernière côte. Et cet impression, une fois passée la porte, que j'entrais dans un trou noir et profond.
Alors ma gorge se serrait, et je me sentais au bord de l'abîme.

Je me souviens de ces longues soirées dans la salle d'étude, à attendre que la sonnerie de 21 heures nous donne la permission de monter aux étages, dans les dortoirs. Enfin, une fois débarbouillée, me pelotonner tout au fond de mon lit. Plus que 3 nuits, plus que deux, plus qu'une...

Interdiction de courir dans les couloirs, de rire, de parler fort
Attendre son tour, pour se doucher, pour se coucher, pour manger
Dortoir fermé à clef avant telle heure
Salle d'étude fermée à double tour après telle heure


Je me souviens des mercredis après-midi
Ces quelques heures de liberté, dans un café, en centre ville
Une salle en sous sol, Renaud en boucle sur le juke box
"C'est beau la jeunesse, encore faut-il savoir l'utiliser"
Laisse béton, en pension, au lycée, ma jeunesse se fane!
Revenir en haut Aller en bas
Amanda
Modératrice
avatar


MessageSujet: Re: Entre quatre murs   Jeu 2 Mai 2013 - 16:07

C'est tout à fait cela, enfin c'était....
J'ose croire que c'est chose révolue !

Atmosphère très bien rendue, flétrissement d'un être en devenir ( attention, danger !)

Je constate que tu as échappé à la pension catho ,avec messe obligatoire tous les matins, prières du soir et confessions hebdomadaires ( avec invention de péché)...
C'est déjà cela !
Mais cela marque un être à tout jamais !
Revenir en haut Aller en bas
ESCANDELIA
Kalé'reporter
avatar


MessageSujet: Re: Entre quatre murs   Jeu 2 Mai 2013 - 17:51

complètement d'accord avec vous les filles ! on appelait le pensionnat la prison et c'en était une. J'ai eu droit aussi pour 15 jours interminables à ce supplice infernal. Cassy, tu dépeins avec beaucoup de fidélité ce que nous avons pu endurer, nous les générations pension.
Revenir en haut Aller en bas
kz
Kalé'reporter
avatar


MessageSujet: Re: Entre quatre murs   Jeu 2 Mai 2013 - 20:54

Très beau texte qui dit avec des mots justes la souffrance de nombre d'enfants lorsqu’ils sont en pension.
Je garde malgré tout aussi le souvenir de moments franchement heureux, toujours liés au fait que nous étions entre enfants du même âge. Lorsqu'on est ado, cela compte. Nous ne sommes pas égaux devant la pension. Certains y étouffent, d'autres s'y déploient.
En tout cas un texte de toute beauté ! winner
Revenir en haut Aller en bas
Silhène
Maîtrise le sujet
avatar


MessageSujet: Re: Entre quatre murs   Jeu 2 Mai 2013 - 21:35

Ton texte me fait froid dans le dos, il raconte avec tellement de justesse tout ce que le mot "pension" peut donner de pire. Ce manque total de liberté, cette vie réglée comme du papier à musique.
Et la lente extinction d'une énergie en devenir, l'étouffement d'une vie.

Dur mais passionnant à lire bravo!


Revenir en haut Aller en bas
sol-eille
Maîtrise le sujet
avatar


MessageSujet: Re: Entre quatre murs   Ven 3 Mai 2013 - 16:04

j'ai connu la pension aussi mais je m'y sentais bien contrairement à toi et je ne comptais pas les nuits, sauf pour les quelques heures de liberté du mercredi après-midi, avec le juke box et Renaud aussi !!!

mais je comprends tout à fait ton sentiment, ce sentiment d'être écorchée vive... et c'est un passé vers lequel je n'ai pas envie de me pencher... peut-être qu'inconsciemment je n'étais pas si bien que cela !!!?!?!!
Revenir en haut Aller en bas
Nerwen
Modératrice
avatar


MessageSujet: Re: Entre quatre murs   Ven 3 Mai 2013 - 18:34

Un texte poignant qui dit les affres de l'enfermement qui étouffe et freine tout épanouissement. C'est très beau quel talent !
Revenir en haut Aller en bas
catsoniou
Kalé'reporter
avatar


MessageSujet: Re: Entre quatre murs   Sam 4 Mai 2013 - 18:50

Citation :
J'ai seize ans, je ne pousse plus

Ah ? A ce point, le pensionnat, ça ressemblait à un bagne pour adolescent(e)s coupables de je ne sais quel méfait.

Pas étonnant qu'en 68 , les jeunes étudiants aient eu soif de changement !

Très bonne description salut bas
Revenir en haut Aller en bas
ESCANDELIA
Kalé'reporter
avatar


MessageSujet: Re: Entre quatre murs   Sam 4 Mai 2013 - 20:17

Citation :
ça ressemblait à un bagne pour adolescent(e)s
Oui, oui, je confirme. La directrice du mien, de pensionnat, était tellement sadique qu'elle traumarisa plus d'une génération. Je vous donnerais 2 exemples, comme ça pour démontrer à quel point cela est vrai :
Elle avait à son doigt une bague du plus bel effet, avec un diamant et des reliefs sculptés. elle ne se privait pas de distribuer outre les 500 lignes avec un crayon de chaque couleur, ( qui avec l'inflation, en fin de scolarité était arrivé à 5 000), force claque avec sa bague retournée à l'intérieur de sa main qu'elle avait très lourde, la garce !
Autre exemple, je me souviens d'une camarade qui venait de perdre sa maman. Elle avait dans les 13 ou 14 ans. Elle fut punie pour je ne sais plus quel motif (il y en avait tellement ) notre chère directrice ne trouva rien de mieux que de lui infliger le supplice suivant : apprendre par coeur un poème intitulé : "heureux ceux qui sont morts" Je ne peux pas vous dire dans quel état se trouvait ma camarade, je n'étais pas dans sa peau, mais moi, je fus choquée, au point d'y penser encore près de cinquante ans plus tard ! Et toujours le même cauchemar.
Revenir en haut Aller en bas
Noufloca
Occupe le terrain
avatar


MessageSujet: Re: Entre quatre murs   Dim 5 Mai 2013 - 10:56

En lisant le texte et vos commentaires, je sens comme des frissons ; je n'ai jamais été "internée" dans l'internat, juste élève dans un établissement catho et cela m'a suffit pour comprendre tout ce qui est décrit !
Cette directrice à grosse bague a-t-elle un jour eu des comptes à rendre pour toutes ses méchancetés ? Je l'espère ! bravo
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Entre quatre murs   

Revenir en haut Aller en bas
 
Entre quatre murs
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Entre les murs de Frédéric Bégaudeau
» [Film] Entre les murs
» [Bégaudeau, François] Entre les murs
» Entre les murs - Laurent Cantet
» LA MEMOIRE DES MURS de Tatiana De Rosnay

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Kaléïdoplumes 2 : 2010 / 2013 :: -- ESPACE ECRITURE -- :: Ecriture sur consigne :: Consigne 254-
Sauter vers: