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 La Reine noire

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kz
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MessageSujet: La Reine noire   Mar 23 Juil 2013 - 20:00

Notre-Dame de Mortecombe est au bout de la route, en cul-de-sac. Le village le plus proche est à douze kilomètres, qu’on atteint après avoir longé la Cruche. En été, le ru est maigrelet. Il est midi, la chaleur est écrasante et je suis en retard sur mon plan de route. Pourtant j’étais parti tôt en pensant couvrir les soixante derniers kilomètres en trois heures. Mais le vent était contraire et la dénivelée en faux plat régulier somme toute assez pénible, même s’il n’y avait aucune difficulté majeure. Et puis, j’ai crevé une fois.  
Bref je me suis présenté devant la porte de l’hôtellerie à douze heures trente où je trouvais cet écriteau : le frère hôtelier revient à treize heures. J’ai posé mon vélo et me suis allongé en lisière de forêt après m’être désaltéré.

La porte du monastère ne manquait pas de cachet. La tour d’entrée était carrée, couverte d’un toit d’ardoise et au cœur du porche en demi cintre, une porte en bois massif avec en son centre une sculpture de St Benoit, en majesté. La construction en imposait, faite de moellons de granit qui donnaient à la bâtisse une dimension sinon d’éternité, du moins de franche solidité.
Je m’approchai vers treize heures trente, une fois ma sieste terminée. La porte était tenue entrebâillée par un coussinet en cuir. J’entrai dans le hall d’entrée – glacial au propre comme au figuré -, mais aujourd’hui d’une fraîcheur agréable et me présentai au frère portier en lui disant que j’avais rendez-vous avec le frère Muard.

Après plusieurs coup de téléphones, le portier trouva mon correspondant et rendez-vous fut pris à la sortie de l’église après l’office de none soit aux environs de quinze heures quinze. De là, il m’orienta vers le frère hôtelier qui m’indiqua où ranger mon vélo et me montra ma chambre au deuxième étage de l’hôtellerie. J’en profitai pour m’installer, prendre une douche dans le sanitaire commun à l’étage et m’habiller de frais.
Vers quinze heures je quittai ma chambre pour me diriger vers le parvis de l’église. Je rentrai dans celle-ci, un faux gothique du XIXe, plutôt réussi. Je fus immédiatement saisi par l’odeur désagréable de l’encens froid. L’office était commencé, je m’assis au fond tout en écoutant d’une oreille distraite la psalmodie, puis sortis en même temps que les moines qui s’égayaient en ordre dispersé non sans avoir salué le maître autel.

La chaleur sur la place était désagréable. Ce fut au bout de dix minutes que se présenta le frère Muard. C’était un petit homme qui, il fut un temps aurait sûrement été réformé par le conseil de révision. J’aurais mis ma main à couper qu’il faisait moins d’un mètre cinquante quatre. Il se présenta sobrement et m’entraîna sans un mot vers l’hôtellerie. Nous nous retrouvâmes dans un parloir de deux mètres sur trois meublé d’une table basse et de trois chaises rustiques manifestement « faites maison ». Au mur d’un côté une petite croix en bois et de l’autre un tableau naïf représentant quelque scène pieuse de l’écriture. Il me montra l’une des chaises, s’assit sur l’autre et garda le silence quelques instants.

Je pris la parole le premier.
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Amanda
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Mer 24 Juil 2013 - 10:58

Et voilà Kz à bicyclette parmi les moines....auréole 

Habilement décrit, habilement amenée dans cette intro, voilà une histoire qui me met l'eau à la bouche...cool ! 

Je sens que je vais me régaler !


Donc ici aussi je demande la suite, vite !flower 
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Nerwen
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Mer 24 Juil 2013 - 16:43

Lieux parfaitement décrits, on pénétre vraiment dans le monastère à la suite de ton héros et l'ambiance pesante due à la chaleur et à le rigueur de la règle nous promet un développement à la hauteur de nos attentes
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alainx
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Jeu 25 Juil 2013 - 17:54

Voilà une introduction qui donne envie d'entrer dans l'histoire…
… Comme on entre en religion…
… Ou presque !

J'aime beaucoup la mise en situation.
On s'y croirait…

bravo! 
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catsoniou
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Ven 26 Juil 2013 - 14:37

Effectivement, kz, tu excelles dans les descriptions salut bas 

Je ne sais pas pourquoi mais ce frère Muard ne m'inspire pas confiance ... Sans doute, est-ce le souvenir de celui que nous avons du supporter pendant cinq ans dont la petite taille n'excluait pas une certaine dose de vilénie ... lol!
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Silhène
Maîtrise le sujet
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Lun 29 Juil 2013 - 20:17

Un texte qui donne envie (pas de faire du vélo, non, faut pas exagérer, non plus !  éclat de rire ) de passer quelques temps dans un monastère, pour découvrir ce qui se trame sous ces murs séculaires  prière
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Feuille
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Lun 29 Juil 2013 - 23:16

Il y a comme une couleur de vécu, entre la sculpture, le coussinet en cuir et une certaine école du "savoir prendre son temps".

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kz
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MessageSujet: La Reine noire (suite n° 1)   Jeu 1 Aoû 2013 - 18:56

Je pris la parole le premier.

« - Comme je vous l’ai écrit, je travaille sur un roman historique, une sorte de saga autour de la famille Von Licht, qui fut entre la fin du XVe et le début du XVIIIe, une famille puissante de l’Alsace du nord.

Je m’intéresse particulièrement – et c’est la raison principale de mon séjour ici – au frère Simplicius, nom en religion de Leonhardt Von Licht rentré dans votre monastère vers l’âge de cinquante ans dans les années 1715 peu après que les terres familiales ne soient passées, par contrat de mariage de son frère aîné, au prince de Hesse-Darmstadt. »

- « Je crains ne pouvoir vous aider grandement, » répondit le religieux ; « j’ignorais que votre requête remontât au-delà du XIXe siècle sur lequel j’ai une certaine expertise, mais pour les périodes antérieures, il faudrait consulter les archives de l’ordre et je crains que cela ne soit pas possible. Les dossiers sont au cœur de la clôture qui par nature est le lieu propre de notre communauté, dans laquelle personne ne rentre à moins d’y être invité. »

- « Mais pourtant vous accueillez des hommes dans le réfectoire des moines ! »

- « Cela n’a rien à voir, » me répondit-il. « En ce qui concerne le réfectoire, il ne s’agit ni plus ni moins  que d’une mise en pratique de notre devoir d’hospitalité, élément fondateur de notre spiritualité. Autoriser la présence dans le monastère de personnes devant y travailler pour leur compte propre est d’une tout autre nature, c’est admettre une présence étrangère à la communauté sans motif spirituel. Ce qui, potentiellement, revient à distraire les moines de la solitude qu’ils ont choisi. Je suis désolé, mais je ne vois pas comment accéder à votre requête. »

- « Peut-être pourriez-vous au moins me communiquer les documents relatifs au frère Simplicius ? »

- « Je suis encore une fois désolé, mais les archives du monastère n’ont pas vocation à quitter la clôture. »

- « Il est quand même curieux qu’une famille ne puisse obtenir des informations sur un de ses membres ! »

- « Les informations disponibles pour les familles tiennent à peu de choses : dates des événements fondateurs : entrée au monastère, date de la prise d’habit, des vœux temporaires et définitifs, éventuellement cursus sacerdotal et la notice nécrologique qui retrace sommairement les études poursuivies, certains emplois principaux, les responsabilités qui ont pu être exercées par le de cujus, des éléments de bibliographie s’il y en avait ainsi que quelques traits de caractère qui permettent de faire mémoire de l’homme dans son chemin vers Dieu. Je vous ferai parvenir une note sur notre frère Simplicius dans la journée de demain. »

Sur ces paroles, le frère se leva, s’inclina pour me saluer et s’effaça à reculons vers la porte tout en inclinant la tête, me signifiant de façon courtoise mais ferme que l’entretien était clos et qu’il ne me fallait rien espérer de plus que cette notice biographique.

Je restai seul dans le parloir, à la fois furieux et étonné. Furieux de la fin glaciale de non recevoir du frère Muard et très étonné d’avoir le sentiment, finalement, d’être mal reçu. J’avais également l’impression confuse qu’il ne me disait pas tout comme si l’accès aux archives par un tiers constituait une menace pour le monastère.

L’entretien avait duré en tout une quinzaine de minutes ce qui me paraissait bien peu en regard du voyage que j’avais fait. Je décidai de passer à la boutique du monastère voir si quelque livre pourrait m’aider sur l’histoire de ce lieu.

La  boutique se trouvait à l’extérieur de l’hôtellerie dans ce qui devait être d’anciens locaux techniques. On pouvait y voir un diaporama sur la vie des moines et acheter toutes sortes de produits monastiques et bien sûr des livres religieux.

Quelle ne fut pas ma surprise de retrouver derrière la caisse, le père Muard affairé à servir une cliente de passage. Je fis mine de ne pas l’avoir vu et commençai à fureter dans le magasin. Il y avait un rayon impressionnant de miels et de produits liés à ce nectar. Au delà des différents types de miel, on pouvait s’approvisionner en cires, pain d’épices, shampoing, hydromel, vinaigres, propolis, gelée royale, tous produits étiquetés aux armes de l’abbaye de Mortecombe. Manifestement, les produits dérivés du miel constituaient une ressource économique du monastère.

Je sortis du magasin, pris mon vélo et partit vers Croissy-sur-Cruche, le premier village  à portée du monastère. La route était enclavée dans une vallée aride dont la végétation était minimale. Arrivé au bourg, je m’assis à la terrasse de l’unique café, posé au bord d’une placette ombragée par quelques tilleuls. La carte posée sur la table proposait de l’hydromel de l’abbaye. Je décidai d’y goûter. Je passai ma commande au garçon.

Il m’apporta celle-ci et nous échangeâmes quelques paroles anodines. Je lui demandai si l’abbaye vivait principalement du miel ce qui me valut cette réponse sibylline :
« - Le miel de l’abbaye est une chose dont on ne parle pas dans le pays. » Et là-dessus, il tourna les talons et rentra dans le café. Je restai là, interloqué, et me dit qu’à défaut d’en savoir davantage sur mon Léonhardt Von Lich, il faudrait que j’éclaircisse le mystère du miel de Mortecombe
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Dernière édition par kz le Jeu 1 Aoû 2013 - 19:04, édité 1 fois
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Nerwen
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Jeu 1 Aoû 2013 - 19:51

euh ?  Il n'est vraiment pas facile de consulter les archives de cette communauté ! Les moines auraient-ils quelque chose à dissimuler ? Et cette histoire de miel, cacherait-elle un commerce illicite ? Autant de questions que tu excelles à susciter et je gage que les réponses que nous attendons tous, ne seront pas si simples ...
J'aime beaucoup flower
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Amanda
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Ven 2 Aoû 2013 - 15:57

Mystérieuses à souhait ces histoires de miel dont on ne parle pas et d'archives que l'on ne consulte pas...

Ce frère Muard m'a l'air fort roublard !

Méfiance donc et attendons la suite...flower 

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Silhène
Maîtrise le sujet
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Sam 3 Aoû 2013 - 12:10

Tu sais entretenir le mystère .quel talent ! 

D'abord ces archives bouclées et inaccessibles, on peut comprendre que les moines protègent leurs petits secrets, et puis ensuite un aliment inoffensif comme le miel qui devient source d'intrigue.
Mais que cela cache t'il ?


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Plumentête
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Mer 7 Aoû 2013 - 11:16

Je m'associe à la déception de ton personnage, quel malotru ce moine! Le miel n'est-il pas censé adoucir la vie? Une bien curieuse histoire qui mérite elle aussi d'être éclaircie!
Là aussi, l'atmosphère est bien rendue et le suspense habilement mené! La suite KZ, la suite;
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catsoniou
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Jeu 8 Aoû 2013 - 21:24

" Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" serais-je tenté de répondre  au curieux qui veut en savoir plus sur le miel de l'abbaye car le mystère dévoilé, que restera-t-il de la saveur de ce nectar ?

tchin  à la santé des  moines et de kz qui doit user mais point abuser de ce breuvage .
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kz
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Dim 11 Aoû 2013 - 19:02

Le lendemain, je trouvais dans le casier du courrier une enveloppe qui contenait la fameuse notice du frère Simplicius. Elle ne m’apprit rien que je ne sache déjà. A commencer par son expertise dans l’apiculture.

Je décidai alors de m’introduire dans le monastère pour y consulter moi-même les archives. Puisqu’on refusait de m’y inviter, qu’à cela ne tienne, j’y viendrai seul.

Pénétrer dans une clôture monastique est chose relativement simple. Dans une abbaye, il y a toujours des chantiers : mises aux normes, maçonnerie, toiture, plomberie, électricité, chauffage, les moines ne peuvent pas tout faire d’autant que l’âge moyen des frères de la communauté ne manquait pas de croître compte tenu du manque de vocations.

Deux entreprises travaillaient sur le site, l’une d’électricité et l’autre qui installait un ascenseur. Je décidai de me faire embaucher pour accéder à la clôture. Cela me coûta une liasse d’espèces sonnantes et trébuchantes donnée à un contremaître, un brave portugais qui accepta de me prendre dans son équipe le lundi suivant.

Son chantier consistait à mettre aux normes l’électricité du bâtiment central, le plus ancien de l’abbaye où se trouvait la bibliothèque et donc certainement les archives. Il me suffirait de me faire oublier en fin de journée pour pouvoir faire mes recherches pendant la nuit.

Une simple fausse moustache, une barbe de trois jours, une casquette et une tenue de travail usagée – notamment les chaussures - suffirent à transformer ma physionomie. Mon rôle dans l’équipe était celui d’un manutentionnaire. J’apportai le matériel et remportai les gravats. Ces allers-retours entre le chantier et les camionnettes me permirent de me familiariser avec les lieux sans attirer l’attention.

Le chantier de l’ascenseur me permit de consulter les plans des différents étages traversés par la trouée. Il ne fallait pas être grand clerc pour, passant à côté d’une table où se trouvaient des plans, en faire une photo rapide.

Les gens ne se méfient pas et la plupart du temps ont raison de ne pas le faire. Les plans d’une abbaye ne sont à l’évidence pas un secret d’état. Toujours est-il que j’eus rapidement la confirmation de ce que les archives étaient adjacentes à la bibliothèque.
Le soir venu, je m’enfermai dans un des WC de l’étage après avoir mis sur la porte un écriteau « WC indisponible ».

Après complies, une fois que la cloche dite du « grand silence » se fut tue, je sortis de ma cachette et après avoir crocheté la serrure de la bibliothèque et celle des archives, me retrouvai devant ce qui allait être pour moi le plus difficile, trouver les dossiers contemporains du frère Simplicius. Il me fallut trois nuits d’investigations fastidieuses avant de trouver un début de piste dans le « Journal anonyme sur les évènements de la ville de Lafourche 1727-1738 » et dans « le Journal de M. Milliet de St-Alban, colonel du régiment des fusiliers 1738-1787 ».

Le « journal anonyme » recensait par le menu les noms de personnes décédées victimes de piqûre d’abeilles au niveau de la langue. On en comptait deux à trois par an, pour la plupart chez des apiculteurs. Le recensement portait sur les paroisses de Beauregard, de Bienville, du Bossier, d’Iberville, de Lafourche, de la Salle, de la Pointe Coupée, de Saint Lambert et de Bonneterre. Toutes paroisses situées à moins d’une journée de cheval de l’abbaye. En dix ans, le nombre de décès par piqûre d’abeilles au niveau de la langue se montait à 97 personnes, toutes liées à l’apiculture (apiculteurs, fabricants de cires et savons, artisans de matériel apicole) ou à leur famille.

Le journal du colonel Millet reprenait point par point les éléments de l’enquête finalement diligentée devant cette hécatombe sans commune mesure avec ce que l’on pouvait constater dans d’autres régions.

Revenait de façon récurrente dans tous les témoignages de l’entourage des victimes, la menace dite de la Reine noire, cette abeille particulièrement venimeuse qu’on avait pu à plusieurs reprise identifier car elle gisait parfois à côté du corps des mourants, surtout celles décédées d’un œdème foudroyant.

L’examen des abeilles retrouvées présentaient toutes à la charnière du thorax et de l’abdomen un pincement, voire une blessure ouverte. Les victimes portaient la trace d’un coup violent sur la tête. La conclusion du journal du colonel coulait donc de source : les victimes étant assommées, l’assassin, sortait une abeille d’une boîte à l’aide d’une pince à épiler, pour l’appliquer sur la langue de la victime qui mourait étouffée. Deux fois sur trois, on avait pu observer la présence du dard sur les cadavres.

L’un ou l’autre en réchappa cependant et sur deux témoignages concordants il apparut que l’agresseur portait les chaussures de l’abbaye, c’est à dire une semelle en bois creusée maintenue au pied par deux bandes de cuir et une courroie de maintien.

Ce que les témoins ont gardé pour eux, c’est qu’ils avaient observé qu’il manquait le troisième orteil au pied droit de l’assassin. Ceci explique sans doute pourquoi le frère Simplicius – il n’avait que trois orteils au pied droit - fut poignardé le jour de la Fête-Dieu 1738 à la sortie de l’église alors que comme de coutume, la communauté se tenait sur la place de l’église abbatiale pour saluer la foule nombreuse des habitants de la région venue en pèlerinage pour les traditionnelles processions.

J’avais enfin pu élucider le pourquoi du décès brutal de Leonhardt Von Licht. Restait à en trouver le mobile au delà de la simple vengeance des deux témoins survivants. Je restai là quelques instants perplexe me demandant dans quelle direction poursuivre mes investigations lorsque je fus tétanisé par l’allumage soudain des lumières de la salle des archives.

Me retournant vivement, je découvris le frère Muard, flanqué de deux acolytes tous armés de manches de pioches menaçants. Mon sang se glaça comme le pipi d’un condor sur le pare-brise d’un Boeing 707 à 10 000 mètres d’altitude (Frédéric Dard in « Mon culte sur la commode » page 73). Après tout peut-être n’aurais-je pas encore longtemps à éplucher les archives pour avoir le fin mot de l’histoire.

Il me sembla logique de tenter de battre en retraite…




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Amanda
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Lun 12 Aoû 2013 - 10:07

Oui,oui, la fuite semble la meilleure solution...

Mais alors, nous ne saurons jamais le fin mot de l'histoire des 3 orteils.... !

Il faut rester et faire face....help 

J'adore la citation de Frédéric Dard !flower
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alainx
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Lun 12 Aoû 2013 - 12:58

Wahou !
L'histoire est menée de main de Maitre !
Excellente mise en scène, récit qui tient en haleine grâce à une écriture alerte tout en étant descriptive.
originalité du thème, même si cela évoque parfois Umberto Eco (le nom de la rose),

BRAVO !

la suite... la suite.... !
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ESCANDELIA
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Mar 13 Aoû 2013 - 9:16

Méthodiquement épluché, ton histoire ne manque pas de piquant.
Bravo ! Bien aussi la citation de Frédéric Dard (dans une histoire d'abbaye, tu fais fort !).salut bas 
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Nerwen
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Mar 13 Aoû 2013 - 18:49

Ton héros semble en mauvaise posture, mais, compte tenu de l'ingéniosité dont il a fait preuve pour s'introduire dans la place, je gage qu'il va s'en sortir sans dommage. Il a intérêt à réfléchir très vite pale 
C'est vraiment très palpitant salut bas
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Admin
Admin
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Mer 14 Aoû 2013 - 8:40

D'abord Bravo, parce que je crois que tu es le seul à avoir compris la consigne qui était d'écrire la saga dans le même sujet Wink 

Ensuite, j'ai lu tes 3 premières parties d'un coup, et je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.

La question est: si ce n'est Simplicius l'assassin, qui est-ce??????????????????????

_________________
Admi.....ratrice de vos mots!
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kz
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MessageSujet: Epilogue   Dim 18 Aoû 2013 - 22:07

Sauter par la fenêtre, une fausse bonne idée ; nous étions au troisième étage. Pousser des hurlements ? Il me sembla que cela précipiterai les choses. Je décidai d’attendre.

« Monsieur Duchemin, vous avez délibérément violé la clôture monastique alors que nous vous avions fait savoir à quel point cette violation était, de notre point de vue scandaleuse.
Le remède à ce manquement se trouve dans notre sainte règle : lorsqu’un fautif s’obstine dans ses errements on lui applique les peines du chapitre 28, c’est à dire qu’on le met à l’écart et on lui donne des coups de bâton. »
- Vous n’êtes pas sérieux, répondis-je.
- Tout ce qu’il y a de plus sérieux, M. Duchemin ! Ce sera dix coups de bâton, pas un de plus, pas un de moins. Et à votre place je ne résisterai pas, ce qui rendrais les choses plus difficiles et les coup de bâtons plus nombreux comme le veut notre sainte règle. Nous n’entendons pas vous blesser, mais simplement vous aider à vous amender pour le futur !
- Vous oubliez un détail, frère Muard fit une voix venue de la porte des archives.

Le frère Muard se retourna et quelle ne fut pas sa surprise de voir le père Abbé rentrer dans la salle.

Et l’homme poursuivit : « Les dispositions du chapitre 28 ne s’appliquent pas aux frères du monastère, mais à l’abbé ! Vous outrepassez vos droits, mon fils. Pour cette faute, je vous impose deux jours de jeûne dans votre cellule, à l’isolement. Allez !»

Le frère Muard se retira en s’inclinant.

S’adressant à moi, l’abbé prit la parole :
« M. Duchemin, sur le point du viol de la clôture, le père Muard a raison. Vous auriez dû demander à me rencontrer. Reste que vos recherches vous auraient assez vite amenés à découvrir un mode de fonctionnement dans nos rapports aux apiculteurs  qui n’aurait pas manquer de vous choquer. Il est de fait que nous exerçons à leur égard une forte pression dans le but de constituer une sorte e coopérative dont nous contrôlons la gestion. Du temps du frère Simplicius, les méthodes étaient radicales : on n’hésitait pas à menacer de mort et parfois même à exécuter la menace. Les temps ont changé mais la pression reste.

Toute société, si développée soit-elle, exploite toujours, sous une forme ou sous une autre les plus faibles de ses membres. Ce fut vrai des seigneurs féodaux vis à vis de leur serfs, des populations colonisées vis à vis de la métropole, et aujourd’hui encore des ouvriers du textile au Bengladesh ou des ouvriers chinois dans l’électronique. L’esclavage est aboli, certes, sa réalité économique certainement pas encore.

Notre communauté a toujours considéré que les apiculteurs de son domaine étaient qu’ils le veuillent ou non dans une situation de servage. Les choses évoluent, nous arrivons au terme d’un processus qui fera de notre communauté une coopérative apicole de taille à tenir tête aux centrales d’achat de la grande distribution qui maîtrisent parfaitement ce type de rapport dominant dominé.

La confiance des apiculteurs n’est pas encore totalement gagnée, mais nous avançons ! Lors de la dernière assemblée de nos « partenaires » nous avons même entériné le changement de nom du miel en supprimant toute référence à l’abbaye et ce de manière à ne pas perdre la clientèle des athées de tout poil.

Nous ne désespérons pas de développer notre coopérative au niveau européen. Ce sera une sécurité de revenu et une force de long terme dans le rapport politique. Qui maîtrise les abeilles, ne maîtrise-t-il-pas toute la production agricole ?

Allez mon fils, partez donc vous coucher et ne désespérez pas de l’Ordre. Quand bien même, nous perdrions le miel, resteraient les pensions de vieillesse de la Sécurité Sociale.

Oui, mon fils, allez en paix et méditez cette belle parole du psaume : « notre secours est dans le Nom du Seigneur. »
« Qui a fait le ciel et la terre », répondis-je machinalement avant que de me retirer, groggy.
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Amanda
Modératrice
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Lun 19 Aoû 2013 - 15:38

bravo! bravo! bravo! 

Toujours aussi admirative de ton talent de plume, je te dis salut bas 
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ESCANDELIA
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Lun 19 Aoû 2013 - 17:49

Citation :
"avant que de me retirer, groggy"

dis tu, il était groggy à cause des coups de bâtons ?
sinon on a peut être  trouvé une piste pour combler le déficit de la sécu et des régimes de retraite ! plutôt que  devoir travailler plus longtemps pour percevoir des pensions moindres, mettons les abeilles à l'ouvrage ! lol!
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alainx
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: La Reine noire   Mar 20 Aoû 2013 - 9:56

Le Père Abbé me semble apte pour être pape !
Quoique ... La volonté de domination du monde de la chrétienté a bien du plomb dans l'aile du Saint Esprit....

Mieux vaudrait qu'il devienne Ayatollah !

je sors 
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MessageSujet: Re: La Reine noire   

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