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 Le passage du témoin

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catsoniou
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MessageSujet: Le passage du témoin   Lun 29 Juil 2013 - 7:18

Intro

Inspiration aux abonnés absents, soleil daignant enfin éclairer de ses feux juillet 2013, la tergiversation n'était plus de mise : aucune excuse pour esquiver le déplacement chez le marchand de couleurs. Péremptoire, l'épouse de l'écrivant  en panne d'idées susceptibles de s'avancer plus avant dans l'écriture du roman en cours, d'autorité, demande à la vendeuse d'étaler sous ses yeux le panel de tons qui, dans les jours à venir, éclaireront la façade de la maison, donnant aux volets,  portes, fenêtres, portail et clôture un air de neuf... Entre femmes, on se comprend aisément. Le vert clair et son pendant  tendant au blanc sont choisis d'un commun accord. A l'homme, il sera laissé le choix des pinceaux.

Cet outil bien en main, la clôture se prête gracieusement à l'expérience. Sous les rayons de soleil matinaux, les peintres amateurs ne badinent pas, évitant même la conversation qui eut troublé la peinture... Jusqu'au moment où des voix titillent les oreilles des vaillants travailleurs. Deux messieurs fort bien mis - la cravate soigneusement nouée  attestant de leur qualité - accompagnés de deux petits garçons babillant à cœur joie,  en bons vacanciers qui se respectent, suivent le balisage du chemin de randonnée. Le plus jeune des deux adultes, tenant un des petits garçons par la main, s'enquiert  fort courtoisement du micro - climat  qui sévit dans ce secteur  hésitant entre Limousin et Quercy, tout en lorgnant, notamment l'hiver, sur la contrée voisine - l'Auvergne - ce qui lui vaut parfois  le prêt gratuit du niveau de  gel annoncé pour Aurillac.

Une agréable conversation s'ensuit entre promeneurs et travailleurs. Elle porte sur des sujets très éclectiques, dérivant  sur la spiritualité, le promeneur n'hésitant pas à attribuer à l’Église la responsabilité des dérèglements de notre société moderne. Le peintre amateur renchérit sur la rareté des officiants dans la contrée qui oblige les curés locaux, notamment pour les enterrements - hélas plus fréquent que les mariages -  à s'inscrire dans la tendance prônée par les tenants du pouvoir, à savoir le recul de l'âge ouvrant droit à la retraite.

Un coin du voile se lève alors sur la mission du randonneur à la tenue vestimentaire insolite :

- Tenez, Monsieur, vous lirez ceci. Je suis Témoin de Jéhovah et je vous invite, sans engagement de votre part à participer à notre rassemblement de trois jours qui aura lieu dans le cadre magnifique du   Manoir de Saint-Eutrope.

- Oh, vous savez, moi, je suis athée. Alors, Dieu, La Bible et tout le saint-frusquin, nous n'avons que des relations épisodiques...

- Ah ? Athée ? Vous êtes athée ! Hâtez-vous donc de finir votre tâche d'embellissement pour nourrir votre esprit de saine réflexion inspirée sous l'égide de ce bon Saint-Eutrope.

La conversation se termine sur des banalités saisonnières puisant leur source dans l'image des grosses boules de foin qui d'un commun accord font regretter aux causeurs le bon temps d'antan quand le foin s'accompagnait de bonne sueur des faneurs. Une expression patoisante illustrant l'abondance  de cet aliment prisé par ovins, bovins, caprins   et autres canassons est glissée au Témoin : ''annado dé fé, annado dé ré'' * qui en rajoute une couche '' Pour trouver une aiguille dans une botte de foin, c'est facile : brûlez la botte et l'aiguille apparaitra''. (Pierre DAC)

Le peintre amateur, auteur occasionnel en panne d'inspiration ne connait pas encore les conséquences du passage du témoin. Ce n'est pas Saint-Eutrope mais Saint-Eustache qui guidera les pas sur les chemins de l'info : revenir au foin d'antan, avec la sueur au front ruisselante sur fond de bzzz bzzz bzzz propres aux hannetons dont la foison ravissait les martinets, certes, mais le monde changerait-t-il pour autant ?[

* année de foin, année de rien...









      I  -  Rentre ton foin tant que le soleil brille *

A peine l'illuminé eut-il tourné le dos, parti à l'hypothétique pêche aux futurs adeptes, son prospectus  rejoint ses congénères, pubs diverses qui, un jour prochain, finiront dans le conteneur  dont la mission consiste à collecter  journaux,  et autres dépliants publicitaires dont regorge notre boite aux lettres : œuvre hautement écologique s'il en est.  Triste fin  cependant pour une grande idée de vulgarisation de la Bible qui, selon des esprits critiques, aurait été ''arrangée'' afin d'abonder dans le sens des théories de  ce qui ressemble fort à une secte.  Que Dieu me garde - s'il existe ! - de tomber dans les filets des ''Viens et Vois'' comme on appelle par ici les prédicateurs qui, sans complexe et lassitude, essuient moultes rebuffades accompagnant leurs tentatives d'insuffler les préceptes de Jéhovah dans les âmes incultes ou emplies de pensées pernicieuses...

Cependant, une idée nait du passage du Témoin : faire retraite en un lieu propice à la réflexion. Et plutôt Eustache et son abbaye où, dans des temps reculés, des moines creusaient un canal dont nous avons déjà causé et qui agrémente joliment la nature du côté du Coiroux.

Nature ?  Chassez le naturel, il revient au galop, dit-on …  Revient en mémoire l'heureux (?)  temps où on s'épongeait le front sous le soleil de plomb, agitant à bout de bras le ''fourchal'' qui grâce à ses trois dents soigneusement galbées, vous permettait d'aérer le foin en tous sens en vue de lui donner la consistance adéquate pour les gueules fines des bestiaux dont s’enorgueillissait votre paternel. Passer de l'état d'herbe tendre  à foin  sec faisait en son temps rêver le poète : ''l'herbe a si peu de choses à faire que je voudrais être du foin'' (Emily Duckinson). En ce temps-là - 19ème siècle  et début du 20ème -  le foin donnait l'inspiration. A.Duval, le Canadien écrivait '' les autos ont remplacé les fiacres, les camions, les charrettes à foin ; mais aucune invention n'a remplacé l'homme'' .

« Quelle c... ! se dit l'auteur désabusé  installé devant le clavier  du monastère qui lui délivre citations , pensées, biographies   à grosses fourchées. De mon temps qui n'est tout de même pas antédiluvien, on s'apostrophait d'un pré à un autre. Partager la chopine conservée au frais dans la rigole,  planter les vaches attelées aux charrettes de foin  sous un bouquet d'arbres pour un brin de causette, c'était tout un art de vivre pour des dizaines de personnes par commune rurale.

En ce 21ème siècle, un seul homme enfermé dans une cabine climatisée traine, derrière son c... pardon,  son tracteur, un round baller qui vous met en boules des hectares de prés en moins de temps qu'il ne faut pour le dire ; idem pour la fenaison  et le fauchage. C'est le progrès , direz-vous … Alors, permettez au nostalgique du temps passé d'emprunter une citation  frappée au coin du bon sens. Le   Polonais Stanislas Jerzy Lec   a écrit '' le foin n'a pas la même odeur pour les chevaux et les amoureux''... Idem pour l'entraineur du round et le faneur d'antan...Comme aurait dit la Mère Denis  « c'est ben vrai ça ! ».

Et l'auteur blasé de se penser : du foin d'antan au round baller d'aujourd'hui, on a du rater un ''passage de témoin'' ; et ce n'est pas hannetons  et lucanes qui diront le contraire...


* Proverbe espagnol



Dernière édition par catsoniou le Jeu 1 Aoû 2013 - 7:23, édité 4 fois
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Amanda
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Lun 29 Juil 2013 - 11:50

Superbe hommage au foin !flower flower flower 


J'adore aussi les citations...

Mais où vas-tu chercher tout cela ???sais pas 
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Nerwen
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Lun 29 Juil 2013 - 18:27

Faire les foins autrefois n'était quand même pas une sinécure si j'en crois ce que me racontaient mes grands parents.
http://www.ladepeche.fr/article/2003/06/03/200191-dis-papy-la-fenaison-c-etait-comment-autrefois.html
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catsoniou
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Mar 30 Juil 2013 - 8:22

Nerwen écrit :

Citation :
Faire les foins autrefois n'était quand même pas une sinécure si j'en crois ce que me racontaient mes grands parents.

Je la remercie pour le lien parce que la description de la fenaison dans les Hautes-Pyrenées
est la copie conforme des années 50 en Bas-Limousin, celle que j'ai connue et à laquelle j'ai participé activement... J'en conviens, ce n'était pas des vacances ! D'autant que mes parents ne disposaient même pas de la  faneuse et du râteau à traction animale. Ci -dessous, voici  un outil essentiel chez nous : il servait à "aranquer" puis faire les "pâteaux". En clair faire les andins et les tas qui seraient , soit transformés en "finières" (meules) , soit chargés sur la charrette.


Vous avez là l'ancienne méthode que je remets au gout du jour, non par nostalgie, mais parce que mon pré se limite à quelques centaine de m2.
Je l'avoue humblement, ce travail à l'ancienne me procure un certain plaisir...

D'ailleurs, le com de Nerwen pourrait me permettre une parenthèse  dans ma saga 2013...
Quant à m'inscrire dans le fantastique propre à la consigne 265, je prends le risque de m'en éloigner allègrement, mais après tout :d\'abord !
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catsoniou
Kalé'reporter
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MessageSujet: II - Ouvrez la parenthèse   Mar 30 Juil 2013 - 18:44

II - Ouvrez la parenthèse

Sur les rayonnages de la bibliothèque de l'abbaye, Nico Santou s'empare d'un ouvrage broché à l'ancienne, aux feuilles découpées approximativement au ciseau et dont le papier rugueux laisse deviner une impression ancienne. Le dépôt légal confirme : 1937... Quant à  la notoriété supposée de l'auteur,  Anne Chatel Unon, Nico suppose qu'elle dut être éphémère. Quelle coïncidence ! Dès les premières pages du livre des Éditions du Martinet,  ''Éloge des hallucinés'', hannetons et lucanes   pullulent, laissant pantois le lecteur effaré par ces insectes saisonniers batifolant au fil des pages...

Imprévu par l'auteur,  l'effet soporifique est  assez rapide : l'ouvrage échappe des mains du lecteur ; prudentes, les lunettes de Nico chutent   dans un recoin du fauteuil,  a l'abri de quelque mouvement malencontreux du dormeur.





Hallucination ?

Le voici  à la case départ, enfin presque ; la sieste est brutalement interrompue, le père l'interpelle sans ménagement :

- Viens tourner la meule !

La lame soigneusement affutée, les bœufs liés sous le joug,  père et fils prennent la direction du pré des Cabanes. Le petit Nico croit rêver... Le siège de pilote  de la faucheuse  lui est confié alors que le père guide les bœufs avec son aiguillade. Cependant, gare à la taupinière qui tranchée, peut engorger la lame et provoquer quelque jurons bien sentis du père. Il y  aussi la couleuvre qui, endormie (?) se tortillera, coupée en son milieu par la lame impassible ou encore  mère perdrix, effarouchée, quittant non sans glousser de rage, sa couvaison tapie sous l'herbe haute.  

Il est neuf heures. Le lot à couper terminé, les bœufs, dételés de la faucheuse,  vont percevoir leur récompense en paissant l'herbe tendre et s'abreuver à volonté dans le ruisseau  en limite du pré. Chez le paternel, un petit creux se fait sentir, Nico est expédié à la maison pour y  quérir le panier du casse-croute préparé par la mère. Elle viendra au pré plus tard pour faner. Sur le chemin du retour, se hâtant pour contribuer à faire un sort au contenu du cabas avec le père qui en a fini avec bordures, pieds d'arbres et endroits inaccessibles pour la faucheuse. Il aime ça, le père, faucher à la faux ! Cela  lui rappelle son jeune temps quand il partait un mois faucher en Auvergne.

Mais sur le chemin, l'instituteur le menace de sa baguette de coudrier  «  Cancre ! Tu  manques encore l'école ce matin » . M'sieur, c'est mon père qu'avait besoin de moi, riposte timidement l'adepte involontaire de l'école buissonnière. L'image de l'instit courroucé s'évanouit, l'omelette d'oseille est encore tiède, la caillade fraiche à souhait et,  récompense suprême, un verre de vin coupé d'eau fraiche... Dame, il faut prendre des forces. Derrière papa et maman, faut tenir sa place à faner  à la fourche.

Au retour de la sieste,  on aranque le lot coupé l'avant-veille, père et mère d'un geste à la régularité de métronome, forment un rang de foin séché. Il appartient aux huit ans du  petit Nico de faire les ''pâteaux''. Ces tas de foin seront ensuite approchés des lieux désignés par le père pour y monter les ''finières''. Ces meules, demain peut-être, selon le temps, seront chargés sur la charrette.

Impavides et néanmoins agaçants, les hannetons s'en donnent à cœur joie, jouant les mouches du coche, témoins impartiaux du travail bien fait. Sans crainte, ils volètent : les martinets, préférant ce jour les moustiques  foisonnant à haute altitude ignorent ce plat sans doute trop  lourd  en guise de ''quatre heures''.  Quant aux lucanes, le crépuscule leur convient mieux...

La charrette, montée sur deux grandes roues cerclées de fer, est bordée de deux ridelles.  Aux avant et arrière, les ''échelettes'' permettront d'entasser le foin jusqu'à près de trois mètres de hauteur. C'est le père qui arrange les fourchées de foin expédiées manu militari par la mère.  Malgré la sueur qui dégouline sur son visage,  elle ne perd pas une seconde !

- Ho ! Ho ! Tu vas les chasser ces taons ? Crie le père qui a failli être débarqué du haut de son chargement par les coups de tête intempestifs des bœufs dont le cuir tressaille sous les myriades de mouches. Milladiou ! L'orage nous laissera pas finir …

Mais si ! Dieu est compatissant cette année-là avec les paysans : on va le grimper sur la ''jouque'', ce chargement. Auparavant, le père s'est laissé glisser à terre non sans avoir arrimé la barre qui, chevillée, maintiendra la charretée.  Celle-ci, soigneusement peignée à la fourche et au râteau par le père lui vaudra les compliments du voisinage :

- T'as là une belle ''emballée''. Sera bon,  ton foin ! Tu veux un coup de main pour décharger ?

- Non, merci , y  a les drôles : ils aiment ça, trépigner sur le foin sous les tuiles...
Et dans sa sieste impromptue, Nico, aidé (et) importuné de  sa sœur,  tentent de ne pas s'immerger sous les fourchées transmises par la mère qui s'évertue de ne pas se laisser enfouir sous le foin expédié depuis la charrette par le père, l' infatigable. Normal, c'est lui le patron !

- Monsieur Santou, Monsieur Santou ! C'est l'heure du thé... Venez, venez, on n'attend plus que vous. Ensuite, le Père Irénée a une belle histoire à vous conter.

- Il ne va pas nous causer de Lucanes et Hannetons ?

Le rire secoue le moine convers, chargé de regrouper les stagiaires :

- Ah, Ah, Ah , la Chatel Unon vous a  envoyé au pays des lucanes et hannetons. Ne sachant lequel choisir, la course effrénée vous  a épuisé ! Vous voilà tout en sueur : courez donc prendre une douche !

- La douche ! Voilà ce qui nous manquait …

- Où ça ?

- Au foin …

- Mon pauvre Monsieur Santou, c'est plus grave que je ne pensais !


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catsoniou
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Sam 3 Aoû 2013 - 7:11

Un avantage à accorder aux boules du round baller : une simple pluie d'orage ne pénètre pas à l'interieur du foin tant il est compacté et cerclé d'une multitude de ficelles...

                      Photo  :Vince Narduzzo/NEWS INTERNATIONAL/SIPA

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catsoniou
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Lun 5 Aoû 2013 - 7:20

 III  
                          Sire Lucane, Messire Hanneton et Martinet TGV

Nico Santou, écrivain en mal d'inspiration est néanmoins amateur de contradictions. Athée par conviction, le voilà immergé dans les labyrinthes de l'abbaye d'Obazine, perpétuant la tradition séculaire monastique de montée et descente du grand escalier, côté rampe,  contribuant ainsi à l'usure des marches, témoin vivant de l'obéissance aveugle des moines au fil des siècles. Fermez les yeux, et vous pourrez imaginer la file indienne des capes de bure habitées par des hommes en profonde méditation...

Toutefois, ici s'arrête la conformité : les préceptes de l’Église Grecque Meltique s'avèrent obscurs pour ce pauvre Nico qui a déjà du mal à  démêler ses propres idées.  Alors, d'une oreille distraite, il absorbe les  aphorismes du Père Élisée qui tente d’œuvrer dans le sens du ressourcement spirituel, objet du stage de juillet. Si le moine érudit pénétrait les arcanes des neurones de Nico, scandalisé peut-être, surpris certainement, il y découvrirait lucanes, hannetons des prés et martinets en pleine dissertation  sur la dureté des temps à l'époque des round ballers. Parce que chacun sait que l'époque  des foins est sacrée  pour ces êtres créées par Dieu à son image, c'est à dire bonté, sérénité et rationalité, cette dernière qualité s'appliquant à la chaine immuable de la vie, incluant l'inéluctable passage de témoins .

Sire Lucane, à l'état préliminaire de larves, se nourrit de bois mort. Extirpé de sa chrysalide,  nanti de ses cornes redoutables, il  varie ses menus, prisant particulièrement nectar, fruits ou encore  suc suintant des plaies des arbres. Chut !!! Susceptible, il n'apprécie pas le sobriquet dont on l'affuble. Comment, lui, le lutteur  dont les mandibules acérées éjectent proprement tout rival tentant de s'approprier sa femelle  préférée, un cornard ?  Lui, cocu ! Quelle outrecuidance !!!

Victimes d'un incroyable malentendu, Messire le hanneton des prés, cher à Nico Santou, cherche vainement sa réhabilitation. Car enfin, au temps où des myriades de hannetons survolaient le foin coupé, en quoi étaient-ils nuisibles ? Simples surveillants, ils s'interdisaient toute consommation de foin qui eut lésé le paysan.  Confondre hannetons et croquettes, quelle  hérésie , s'insurge Nico :
http://www.aujardin.org/piege-hannetons-t107713.html

«  De mon temps, le martinet  éliminait le surplus. Signalant son passage d'un cri strident, il happait la proie de son choix et  grâce à un effleurement du ruisseau, d'une goulée d'eau fraiche, il déglutissait puis, à la vitesse d'un TGV, il filait sous d'autres cieux appréhender quelques moustiques avant de retourner à sa prairie cueillir le hanneton. Ah ! Elle était belle la vie … »

Hélas ! Accompagnant la migration des ruraux, le martinet s'en est allé chercher pitance à la ville, réjouir le badaud qui, levant le nez, peut suivre leurs circonvolutions impeccables dans le ciel. Voyageurs infatigables, les bienheureux  passent leur vie dans les cieux, à de multiples occupations,  délaissant  les prés où les hannetons  sont devenus denrée rare.

Laissant errer sa nostalgie, Nico Santou, sous l'effet de la  chaleur de juillet, rapproche le foin du Tour de France : rien ne va plus ! Le monde ne tourne pas rond : j'en veux pour preuve, les coureurs et le meilleur d'entre eux, un certain Christopher, nanti d'un pédalier en forme d’œuf, fausse compagnie à ses petits camarades, en pleine ascension du Mont Ventoux, comme s'il était poursuivi par une nuée de taons, bestiaux affamés, assoiffés de sang, autrement plus dangereux que l'inoffensif hanneton. Nul doute que, gorgé de sang de Froome, le taon eu figuré à coup sûr au Guiness...  L'âne Petofer, héros de Panazo*, n'eut pas manqué de braire !

Trêve de niorles, Nico Santu : faudrait peut -être rechercher dans l'ouvrage de Anne Chatel Unon une solution susceptible d'accorder une chance de survie au Lucane et autre Hanneton suscitant par la même occasion le retour  du Martinet  sur nos foins fraichement coupés


Dernière édition par catsoniou le Lun 5 Aoû 2013 - 7:42, édité 1 fois
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catsoniou
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Lun 5 Aoû 2013 - 7:31

Aucun com n'honorant les précédents chapitres, je poste donc suite et fin... et basta !
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catsoniou
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Lun 5 Aoû 2013 - 7:35

IV - Ni noir ni rose                                               
  (Fin)





A défaut de moyens de locomotion permettant d'errer dans l'imaginaire, dans le petit monde de Nico Santou, l'extraordinaire, le surnaturel, le paranormal sont là sous ses yeux  d'enfant attardé...

D'aucuns voyagent dans le futur, imaginent cornues alambiquées, machines sophistiquées, côtoyant des personnages fantastiques dont la seule évocation  soulève des vagues d'émerveillement, admiration ou crainte irraisonnée...  Santou, qui rêve cependant d'un monde meilleur considéré  comme une vaine utopie par ceux qui pensent et s'expriment parce qu'ils savent, eux (!), Nico Santou est donc obnubilé par l'hypothétique retour des petits hannetons et des cornards, pardon lucanes, survolés par les martinets noirs qui enfin,  hanteraient le ciel de nos campagnes, délaissant les villes où on n'a que faire de leurs cris stridents et leurs circonvolutions dans le ciel vers lequel ne se lèvent plus le nez des badauds par crainte de se l'écraser (le nez!) contre le premier lampadaire venu  ou le pare-choc  du véhicule vous devançant, à moins que d'une chiquenaude,  l'automobiliste citadin transforme l'agent de la circulation routière en gendarme couché, ce qui pourrait s'accompagner de conséquences fâcheuses...

Donc, Nico  Santou est un idéaliste rêvant d'un futur idyllique qui se complait dans un passé révolu, bref, un nostalgique irrationnel. Immergé dans l'ouvrage de Anne Chatel Unon, il est comme le poisson rouge déplacé de l'aquarium à la mare où il cohabite  désormais harmonieusement avec les grenouilles coassantes, annonciatrices du changement de temps en concomitance plus ou moins rapprochée avec les météorologues experts de la télévision.

Incontestablement, Anne Chatel Unon et Nico Santou partagent avec un décalage de temps, la même amitié pour des bestioles dont leurs contemporains réciproques se moquent éperdument. L'auteure de ''Éloge des hallucinés'' - 1937 -, non sans ignorer la menace de guerre mondiale, imaginait qu'à l'issue de celle-ci, évolution de l'agriculture  et besoins immenses du développement de l'industrie allaient se traduire par une désertification de nos campagnes. La technique pallierait à la raréfaction des bras pour remuer le foin ou encore éliminer le surplus d'insectes. Par exemple, on ne ramasserait plus un à un, sur les fanes de pommes de terre  les voraces doryphores, mais à l'aide de pesticides surpuissants, on rayerait ces animaux à costume rayé de la surface de la terre, et là-bas, au loin, un géant tentaculaire, au nom à consonance exotique - Monsanto - produirait le Roundup et autres graines OGM qui changeraient peut-être  la face de l'Humanité, mais à coup sûr, empliraient leur escarcelle. Et le round baller enroulerait en bobines de 300 kg de colossales quantités de foin  nécessaire à l'alimentation du troupeau qui est passé de quelques unités à plus de cent dans toute ferme moderne...

Non, Anne Chatel Unon ne pronostiquait pas ces bouleversements comme elle ne prévoyait pas la dangerosité des mastodontes de l'agriculture : avant-hier, un agriculteur de 56 ans, vieille  connaissance de Nico a  payé de sa vie cette modernité, écrasé entre son tracteur et la remorque chargée de ces boules de foin bien rondes...

Elle susurrait toutefois qu'un jour, les hommes de bonne composition devraient harmoniser l'évolution de leurs besoins  avec la nature, rechercher l'intérêt commun du plus grand nombre des êtres vivant peuplant cette planète, délaisser le culte du  veau d'or  pour cohabiter sans acrimonie  avec les inoffensifs hannetons des prés, lucanes à fausse apparence belliqueuse et les martinets noirs, auxiliaires  des humains au titre de régulation du pullulement excessif des insectes.

Au terme de sa retraite en abbaye cistercienne, Nico Santou se retrouve gros Jean comme devant, l'inspiration étant toujours aux abonnés absents. En revanche, il repart vers son quotidien renforcé dans la certitude qu'il n'existe pas plus  de  formule miracle que d'homme (ou femme) providentiel : il y a simplement des générations qui se succèdent et doivent, entre elles,    passer le témoin  avec l'espoir chevillé au corps que l'avenir n'est ni noir ni rose, mais qu'il sera aux couleurs que nous lui donnerons..


Dernière édition par catsoniou le Lun 5 Aoû 2013 - 14:25, édité 2 fois
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ESCANDELIA
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Lun 5 Aoû 2013 - 15:17

Ah ! quel délice, quelle merveille que ta saga, tout en respectant la consigne, tu nous offres : évocation de la vie de la campagne, comme autrefois, du temps où les coureurs du tour de France, le vélo plus lourd que pièce d'artillerie, gravissaient les pente du mont Ventoux à la vitesse raisonnable d'un deux roues non motorisé. Nous les regardions de loin, gravir le Puy de Dôme, nous, suant comme des ânes, raclant le foin derrière la charrette tractée par la Jacade et la Jolie, eux s'échinant sur les pentes de nos montagnes, pour quelques secondes (14'' entre Anquetil et Poulidor, lors de la célèbre ascension).
Nostalgie, oui, bien sûr, mais il reste de cette époque comme un goût de nature saine et non polluée par les dollars et les affaires.
Merci pour ce récit autant digne d'intérêt pour sa qualité littéraire que pour son authenticité historique
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Nerwen
Modératrice
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Lun 5 Aoû 2013 - 17:27

bravo! Après la savoureuse évocation de la vie rurale d'autrefois, j'aime beaucoup ta conclusion:"...il y a simplement des générations qui se succèdent et doivent, entre elles,    passer le témoin  avec l'espoir chevillé au corps que l'avenir n'est ni noir ni rose, mais qu'il sera aux couleurs que nous lui donnerons... Au terme de sa retraite Nico Santou a trouvé la sagesse !

NB: ici dans ma campagne, ce sont les escargots que l'on appelle "cornards"
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Amanda
Modératrice
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Lun 5 Aoû 2013 - 17:53

Comme Escandelia et Nerwen, je savoure ta conclusion !flower 

Une saga riche, qui nous fait découvrir maints aspects innconnus de la vie rurale passée et actuelle.

Une saga proche de la terre et des âtres qui la peuplent, qui ne sont que des bêtes mais qui nous en apprennent beaucoup !


quel talent ! 
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Silhène
Maîtrise le sujet
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   Mar 6 Aoû 2013 - 18:13

Il a bien trouvé une information qui pourrait changer le monde, Nico Santou, mais sa mise en oeuvre n'est pour le moment pas trop d'actualité.
A l'avenir, peut-être, car, comme tu le dis si bien :
Citation :
l'avenir n'est ni noir ni rose, mais [...] il sera aux couleurs que nous lui donnerons..

bravo  pour ta saga originale
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MessageSujet: Re: Le passage du témoin   

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Le passage du témoin
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