Kaléïdoplumes 2 : 2010 / 2013


 
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 L'Age dernier - chapitre 3 : La mission d' Abel

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alainx
Kalé'reporter
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MessageSujet: L'Age dernier - chapitre 3 : La mission d' Abel   Lun 19 Aoû 2013 - 11:38

en vert la nouveauté...

INTRODUCTION

Que je prenne une décision rapide, ce n'est généralement pas dans mes habitudes. Or, ce jour-là, il en fut autrement. Mona Steir, que je n'avais pas revue depuis des années, me contacta par le téléphaton, avec dans la voix une sorte d'empressement inhabituel dont je ne me suis souvenu que plus tard, trop tard sans doute.

— Tu sais bien ce qui s'est passé récemment, me dit-elle, il est impératif que tu viennes me rejoindre, il y a des choses importantes que je ne peux t'insuffler par transmission de pensées. Trop de risques d'interférences. Je t'en prie, accepte !

— Tu sais, Mona, je suis complètement investi dans mon nouveau roman historique où je tente de faire revivre nos lointains ancêtres. Je n'ai pas bien suivi la récente actualité. Je suis bien trop absorbé par faire surgir les traces inconscientes du passé incrustées dans mon bulbe cervical, grâce à la Technique de Khromuys, qui n'est sans doute pas encore très au point, mais laisse des perspectives prometteuses. J'ai déjà eu des flashs visuels intenses. J'ai revu des pans entiers des temps engloutis vécus par les ancêtres de ma lignée maternelle.

— Je t'en prie, accepte !  , répéta-t-elle, sans rien relever de ce que je venais de dire.

Allez savoir pourquoi, je me suis entendu dire : j'arrive. Il arrive parfois qu'un autre en vous-même décide à votre place et vous n'avez guère le choix, parce que c'est lui qui prend les commandes de votre corps. J'ai fait mes bagages, n'emportant que le nécessaire, et bien sur le mémoritor qui contenait les millions de pages de la documentation que j'avais rassemblée pour mon roman, et que j'avais collé sur ma poitrine comme un patch. Ainsi je pouvais faire défiler les pages sur ma rétine autant que nécessaire et à tout instant. Deux jours plus tard, après avoir voyagé sous la torride chaleur que nous subissions depuis trop longtemps, je me suis retrouvé face à cette immense bâtisse remontant à la nuit des temps. L'une de celles qui furent préservées. Comme par miracle, elle avait été épargnée par « Les Événements ». Cette expression pudique était demeurée malgré les horreurs perpétrées au cours de ces noires années. Épargnée par miracle, c'est ce que je croyais, preuve que les croyances demeurent malgré les intenses évolutions du cortex. Peut-être était-ce mieux ainsi. Peut-être cela protégeait-il de ce qu'il aurait mieux valu ne pas connaître et ne pas vivre.


La lourde porte d'entrée, en chêne massif (enfin j'ai pensé que c'était certainement du bois d'antan, de cette époque où la végétation existait encore), tourna aisément sur ses gonds, et apparemment je n'eus guère à faire d'effort, bien que ce portail ne soit pas électrifié, ni à gaz atoxique. Je reçus alors en plein visage une bouffée d'air frais qui m'apporta un bienfait corporel dont je n'avais plus l'expérience depuis trop longtemps.

Les pierres anciennes et épaisses ont l'avantage de garder la fraîcheur à l'intérieur. Nul besoin de ces climatiseurs complexes à ionisation inversée et filtrage temporisateur, que l'on trouvait désormais dans la moindre tour à vivre, y compris les souterraines, qui plongeait pourtant loin sous la surface. Ici, c'était encore un de ces rares lieux désertiques, bénéficiant des protections anciennes, que nos ancêtres, à la fin du XXIe siècle, avaient commencé à instaurer, lorsqu'ils avaient pris conscience des dangers qui menaçaient, sans réaliser à quel point les dégâts en seraient infinis.


Derrière la porte je vis Mona Steir, debout, hiératique, vêtue d'un tissu blanc qui la recouvrait entièrement, hormis le haut du visage. J'ai deviné un sourire sur une bouche que je distinguais à peine. Le tissu presque diaphane, laissait entrevoir sa nudité. Elle n'avait pas changé.
Mona était intemporelle.

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Pour satisfaire Amanda, voici quelques explications lexicales.

Télépathon : interface de communication sensorielle à implantation dermique, permettant la transmission de pensées entre individus. Système totalement contrôlé par le GTP (Groupe du Tout-Puissant), critiqué par le PADAC (Parti Autonome de Défense Anti Conditionnement), en raison du fait de l'absence totale de sécurisation et de confidentialité des échanges.


Technique de Khromys :  procédé mis au point par Abraham Khromys, (lointain parent d'un certain S. Freud que tout le monde a oublié depuis bien longtemp....) vers le milieu du XXIIIe siècle, permettant la libération des souvenirs inconscients incrustés dans le cerveau et inoculés sur plusieurs générations. Malgré des évolutions certaines du procédé, il faut souligner qu'il engendrera à ses débuts une élévation considérable du taux de suicide. Aujourd'hui encore, cette technique fait l'objet de polémiques scientifiques au plus haut niveau.

—————

l'Àge Dernier
Chap 1 — L'Objet mystérieux (1)

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Abel Dupinakle,  contemplait Mona Steir de si belle manière, qu'on avait aucun mal à imaginer l'intense amour qu'il ressentait toujours pour cette mystérieuse personne. Il fit un pas vers elle. Elle devina son désir de l'étreindre et recula lentement, sans toutefois le quitter des yeux, et lui faire ainsi comprendre par le regard, que le trouble ancien lui revenait autant qu'à lui.
— Suis-moi, je vais te montrer un étrange objet. Il n'y a pas de temps à perdre.

Ils grimpèrent des escaliers - Ce système archaïque de progression verticale existait donc encore - arrivèrent devant une immense porte vermoulue sur laquelle était inscrit, dans l'antique alphabet : « Bibliothèque ». Il  comprit rapidement le sens de ce mot, dont la traduction en Mental-Langage fut instantanée, grâce au mémoritor fixé sur sa poitrine.
Le memoritor fit défiler devant ses yeux plusieurs pages en quelque secondes qui s'incrustèrent pour 12 mois renouvelables dans son cerveau. Il retint ceci :
Dans un passé  lointain ce lieu servait de dépôt permanent  aux archives écrites sur papier, avant "la Grande Destruction".   Ce genre d'immense bâtiment s'appelait Abaye ou Abbé-Hie, ou encore Obéis - on se savait plus très bien - il avait certainement servi de lieu de culte, et recueilli une de ces communautés bizarres du temps des religions. La salle était immense, d'une longueur et d'une hauteur hors du commun. Il y flottait une odeur étrange de moisissures, faute de climatisation, mais les rayonnages étaient désespérément vides. Plus aucun objet appelé « livre » n'était entreposé. Les nettoyeurs de la Grande Destruction avaient fait du bon travail.

Mona entraîna Abel jusqu'au centre de la pièce et lui désigna un endroit sur le bas du mur de pierre. Il s'approcha, mais la pierre ressemblait à toutes les autres, jusqu'à ce que le doigt de Mona fixa un endroit précis. Et en effet, sur une toute petite surface, la pierre semblait polie par l'usure.
Mona prit la main d'Abel dans la sienne. Il en frissonna. Elle lui saisit l'index d'un geste qui lui rappela d'anciens délices. L'espace d'un instant le mémoritor lui flascha  la main de Mona entourant sa virilité… Mais c'était un autre temps…. Puis brusquement, elle le força à appuyer sur cet endroit usé et la pierre bascula sur elle-même, laissant apparaître une cavité sombre.
Abel se pencha. La cavité était vide. Il pouvait cependant faire entrer la tête et le haut de son corps dans l'antre sombre. Ce qu'il fit, mais ne trouva que poussières et miasmes dans cette quasi obscurité. Il recula et retrouva la lumière de la pièce.

— Il n'y a rien là dedans ! s'exclama-t-il avec le ton de la déception et en se retournant vers Mona, mais celle-ci avait disparu…

—————


Où donc est-elle encore partie, pensa-t-il, c'est toujours la même chose avec elle, présente et absente, amoureuse et distance, transparente et mystérieuse, calme et énervée, pour ne pas dire énervante, et cette façon de se vêtir, façon déesse antiques des siècles primitifs et obscurs qu'il fallut supporter jusqu'au XXIè siècle.

Abel ne s'avouait pas à quel point il était toujours attaché à elle. Mona l'avait pourtant trahi plus d'une fois. "Ainsi sont les femmes", se dit-il, proférant des généralités d'une autre temps. Mais qui était-elle devenue ?

Abel se précipita vers la lourde porte d'entrée pour constater qu'elle était verrouillée. Impossible de sortir, il n'y avait pas d'autre issue. A moins que… Il se dirigea vers le mur où la pierre avait basculée. Il tenta de pénétrer à nouveau, étendit le bras pour évaluer la profondeur, mais sa main brassait dans le vide, il ne touchait pas le fond. Ses yeux commençaient à s'habituer à l'obscurité et il crut percevoir une vague lueur infime venant de loin. Celle-ci s'agrandissait, puis soudainement une lumière aveuglante fit souffrir ses yeux et il s'arracha de la cavité en hurlant et se frottant les yeux. Pendant plusieurs minutes il ne vit plus rien.

Reprenant ses esprits, Abel constata que la lumière surgie brusquement était celle d'un  hologrameur-lasérisé d'un modèle ancien. Un peu comme cette invention d'un réalisateur, au temps d'un divertissement appelé cinéma pour une saga ; "La guerre des étoiles" que l'on projetait encore aux enfants, pour leur montrer quel avenir avaient envisagé les humains de cette époque lointaine et révolue. Et ça faisait bien rigoler les gosses !

L'hologrameur rendit présent Mona Steir, presque comme si elle était là, qui s'adressa à lui :
— Merci d'avoir répondu à mon appel. "L'objet" que je voulais te montrer, c'est moi… enfin moi…. "après"….   Moi dans mon avenir qui est ton présent et qui fut aussi le mien. Comprends-tu ?
Je voulais te prévenir, parce que, autant te l'avouer, je fus excessivement amoureuse de toi "avant". Avant la désexualisation que tu connaitras bientôt si tu n'agis pas selon mes recommandations. Je n'ai trouvé pour ce faire que ce vieil appareil encore en état de fonctionnement lorsque je suis revenu enregistrer ce message à ton intention, il y a deux siècles, celui que les habitants de cet édifice avaient gardé et caché lors de l'envahissement des nettoyeurs de la Grande Destruction  (on appelait ces humains-là "les moines", car il semblerait qu'ils avaient la capacité de voler vers les sommets inatteignables de la pensée mystique, d'où ce nom de "moine" qui est une contraction de moineau, mais ton mémoritor pourra t'en dire plus à ce sujet.

Alors voici ce que tu dois faire si tu veux garder ton intégrité corporelle originelle. Car désormais c'est sur toi que repose l'avenir de la race humaine dans l'univers.

Mona exposa ce qu'elle attendait d'Abel. Il déclencha la fonction "mémorisation totale" du mémoritor, afin de ne rien oublier. Puis l'hologrameur s'éteint, la pierre bascula dans l'autre sens. Et un étrange silence se fit.
Abel, stupéfait, mesurait à peine l'ampleur de la tâche qui l'attendait.
Puis il se retourna vers la porte imposante qui venait se s'ouvrir à l'instant.
Mona se tenait dans l'encadrement :

— Excuses-moi de m'être matérialisée devant toi lors de ton arrivée, comme si nous étions encore dans le même temporel. Tu as certainement cru que j'étais "réelle", (on a bien progressé "ici" dans le processus de matérialisation/dématérialisation), mais il fallait bien que je t'amène dans cette bibliothèque.

— Mona ! Je t'aime ! s'exclama-t-il en se précipitant vers elle, étreint par un désir frénétique.

Mona devint translucide, son corps parfait évolua en lumière intense.
Puis, plus rien….


—————


Chapitre 2 :  Mona et Abel

Abel avait entendu parler de ce projet, qu'il avait toujours estimé farfelu, irréalisable, et uniquement destiné à amuser les gazettes-mentalisées, toujours à l'affut d'insolite, ainsi que les "Politiciens de la Sagesse"  (un terme largement usurpé….), toujours avides de projets aussi colossaux que nébuleux : La Désexualisation  générale…. C'était sensé résoudre tous les problèmes humains pour lesquels les psychologiseurs-automatisés n'avaient su trouver de solution valable. Et le DivinGrandTout  sait à quel point la nature humaine est complexe.
Pensez donc ! Modifier les cerveaux et les corps afin de faire disparaitre tout désir lié au sexe. Il est vrai que là  était la source de bien des maux non éradiqués : jalousie, viols, incestes, crimes passionnels, drague, harcèlement, désir de domination, copulations compulsives, excès de natalité, jeux pervers, attirance néfastes, débordements affectifs, laxisme et perte de temps, etc. Et surtout : l'amour ! Ce sentiment archaïque, hélas, demeurait virulent comme un virus non-éradicable. Il convenait donc de supprimer les aspects traditionnels masculin, féminin, mais aussi les nouvelles formes de génitalité greffées depuis  le XXIVè siècle :  proto-genre, bi-genre et tri-genre. Il est vrai que tout ceci avait fini par générer des problèmes insolubles,  des revendications multiples, notamment les minorités multi-sexes toujours prêtes aux pires excès et attentats sanglants. C'est sûr que les problèmes d'homophobies et de transexualité des siècles précédents (pensons un instant à ceux du début du XXIè siècle) apparaissaient aujourd'hui comme de douces rigolades !

Mais bon, Abel n'avait jamais cru à ce truc farfelu, dont on ne voyait même pas comme il aurait pu se réaliser, concrètement. Or, Mona, venant directement de l'avenir, lui apprenait que "la chose" était réalisée ou sur le point de l'être définitivement. Et voila que LUI, écrivaillon, vaguement historien de pacotille,  en mal de texte, "on" lui demandait d'influer sur le cours de l'Histoire ?
Non ! Il avait dû rêver. Il allait se réveiller d'un instant à l'autre. C'était une farce de son oniriqueur-de-noche , toujours enclin à lui proposer des quasi-cauchemards, alors qu'il programme des rêves de délices… Alors, il allait rentrer chez lui, fuir ce lieu sinistre et bien trop chargé d'ondes néfastes des temps révolus. Mettre des milliers d'espaces/temps entre lui et cette zone soit disant préservée jadis pas les Zécolos, mais en réalité infestée de souvenirs aux entrelâts dévastateurs des neurones. Et puis sans doute avait-il abusé de la technique de Khromuys (*).
Il était temps de fuir avec courage.

Abel quitta l'ancien lieu de culte d'un pas rapide et ferme. Une dernière fois il se retourna pour regarder l'imposante bâtisse grise et finalement triste à démolir, avec ses flèches défiant les cieux, ses murs épais et lourdauds, ses ouvertures en forme d'obus ciselés, qui symbolisaient sans doute les guerres de religions qui fleurirent durant des siècles. Et dire que ses ancêtres avaient (parait-il) admiré ce genre architectural au point que des touristes les visitaient en troupeaux bêlants, sous la férule d'un guide barbu à tête de bouc, ainsi que le lui appris son mémoritor.
Étrange époque que ce temps-là !

Abel soupira devant l'immense plaine désertique qu'il avait à traverser à pied pour rejoindre la Civilisation. Les sables et rochers semblaient ne point finir à l'horizon. Fallait-il qu'à l'aller il soit mû par une force amoureuse à la perspective de retrouver Mona Steir, pour avoir supporté la soif et les douleurs aux pieds tout au long du trajet !

Mona ! Comment ne pas l'évoquer encore et y penser sans cesse. Elle hantait son esprit et exacerbait son corps. Ils s'étaient connus au sortir de l'adolescence. Mona, sous ses chastes apparences, l'avait initié aux délices les plus subtils, aux secrets des femmes, aux pensées pénétrantes, aux idées agitées, aux profondeurs des plis, aux ivresses des rondeurs, aux  parcours enchanteurs des sillons. Et puis un jour, un mal étrange l'envahit. Aucun Guérisseur des Maux-par-mots ne parvient à en trouver l'origine. elle diminua de semaines en semaines, se ratatina comme une pomme ridée, comme une orange désséchée. Abel ne la quittait plus, désespéré de ne lui être d'aucun secours. Elle avait sur les lèves devenues rêches ce sourire énigmatique qui l'avait toujours séduit, mais aujourd'hui l'inquiétait et faisait battre son coeur à cent à l'heure.

— Ne t'inquiète pas, je reviendrai, on se reverra.
Mais où donc allait-elle partir ? si jeune, et tant de bonheur encore à partager.

La mort l'emporta juste à la fin d'une nuit, alors que l'aube pointait déjà.
Abel y vit une signe. Quel signe ? Il ne savait pas, c'est le fond de son cerveau qui lui soufflait cette petite brise fraiche et sans mots. Il fallait espérer.

Le lendemain Abel se porta volontaire pour les expériences nouvelles proposées par les descendants d'Abraham Khromys. (*) Il savait que c'est ainsi qu'il rejoindrait un jour Mona Steir.


(*) Voir l'introduction

———————


Chapitre 3 : la mission d'Abel

Ainsi donc, Mona n'était pas morte. Enfin, c'est ce qu'Abel pensait, puisqu'il l'avait revue, qu'elle lui avait parlé et même qu'elle lui avait confié une sorte de mission à réaliser. Pourtant, il avait assisté à son lent dépérissement jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien, jusqu'à ce que son corps desséché aille en rejoindre d'autres dans le feu du Grand Néant. Et cependant, une forme de communication entre Mona et Abel n'avait jamais cessé d'exister et Mona semblait avoir une capacité à le rejoindre depuis là où elle était désormais. Mais où ? Dans l'avenir ? Dans un monde parallèle, une autre dimension ? Abel se demandait si tout cela n'était pas le pur produit de son propre psychisme. Des projections aussi incontrôlée que les rêves pouvaient l'être. Après tout, dans le rêve, n'avait-on pas l'impression d'une véritable réalité ? N'arrivait-il pas que l'on se pose la question de savoir où était la différence ? Lorsque l'on disait réel ce que l'on voyait, qu'est-ce qui nous permettait de l'affirmer vraiment ? Les productions des VisioSphères de la firme haïtienne LaPèche, que tout le monde possédait sur la planète, —  depuis que Haïti était devenu le nouveau maître du monde —  était bien des réalités nouvelles et autres que celles des temps anciens.

Abel avait-il conversé avec un humain ces derniers temps ? Ces dernières années ? Oui bien sûr. Des centaines de personnes. Évidemment ! Oui mais, le véritable contact humain, où on touche l'autre sur son corps, où on ressent sa chaleur, sa présence, son odeur, c'était quand la dernière fois ?

Abel en venaient même à douter d'avoir « vraiment » fait d'amour avec Mona. Est-ce qu'il se souvenait des contacts physiques, de la saveur des baisers, des senteurs enivrantes entre les cuisses, de son sexe plongé  en elle ? Tout cela semblait si loin, si étranger. Abel regarda ses mains, ses jambes, ses pieds. Tout lui sembla transparent.

Mona avait parlé de désexualisation qu'il risquait de connaître bientôt. Et si c'était déjà en train de se réaliser ? Et même, une sorte de décorporation n'était-elle pas déjà sur le point de s'accomplir ? Insidieusement, à l'insu du plus grand nombre.

Il se souvint de ces temps anciens qu'il n'avait pas connus, mais qu'il avait quand même quelque peu étudiés en tant qu'écrivain historien. Ces personnes qu'on appelait « prophètes » ou encore « guides spirituels » et autres termes du genre : gourou, illuminé,  marabout, mage, sorcier, dieux, prêtres, vénérables, etc… Il en existait des centaines et des centaines… Tous évoquaient des paradis, des nirvanas, des eldorados, des jardins d'Éden, des mondes meilleurs, des Olympes, des Jérusalem célestes, des Champs-Élysées, des Brahma-loke,  etc. Des endroits où, — s'il avait bien compris —, il fallait être débarrassé de cet amalgame compliqué de neurones, viscères, boyauterie, chairs flasques, graisse, os dégénérés, muscles défaillants, tuyauterie véhiculant des fluides bizarres aux couleurs changeantes.
Tout cela devait être abandonné en chemin, sans peur et sans crainte, pour accéder à des ailleurs merveilleux, sans toutefois aucune garantie qu'il en serait ainsi…
Et pourtant des millions et des millions de personnes y croyaient…
L'être humain est une bien curieuse chose au final.

Quant à la "mission" que Mona lui avait confiée, était-il vraiment nécessaire d'avoir l'audace de pénétrer dans cette enceinte sacrée du  GOCE (Grand Ordinateur de la Conscience Eternelle) et d'y accomplir le sacrilège suprême ?

Les terribles peurs de Mona, son insistance pour qu'il agisse semblaient démontrer  que "l'endroit" où elle se trouvait n'avait rien de paradisiaque, et qu'au contraire c'était une sorte d'Enfer terrible. Abel pensa alors à la Religion Chrétienne, aux multiples obédiences contradictoires entre-elles, et totalement disparue depuis des siècles et qui s'était fondée sur un type assez allumé pour avoir promis un Paradis Perdu/retrouvé après la mort corporelle. Il faut croire que ça n'avait pas marché. Le Désir ne correspond pas toujours à un Réel. Et dire qu'on avait fait des guerres incessantes et cruelles pour cette idée-là ! S'étripant entre soi comme des frères ennemis, et zigouillant allègrement  ceux et celles qui ne voulaient pas "y croire" et qui ne demandaient pourtant rien à personne….

Abel pensa que le monde était totalement dingue.
Et que la demande de Mona, l'était tout autant….



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ESCANDELIA
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MessageSujet: Re: L'Age dernier - chapitre 3 : La mission d' Abel   Lun 19 Aoû 2013 - 18:02

décidément, on va de surprises en surprises avec ton texte ! belle fiction très bien écrite, et passionnante. quel talent !
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Silhène
Maîtrise le sujet
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MessageSujet: Re: L'Age dernier - chapitre 3 : La mission d' Abel   Lun 19 Aoû 2013 - 21:19

Je me perds agréablement dans les énigmes laissées par cette étrange Mona, femme du passé et du futur en même temps. Quelle est donc la mission impossible qu'Abel doit réaliser ?

quel talent ! 
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alainx
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: L'Age dernier - chapitre 3 : La mission d' Abel   Mar 20 Aoû 2013 - 9:32

ESCANDELIA a écrit:
décidément, on va de surprises en surprises avec ton texte ! belle fiction très bien écrite, et passionnante. quel talent !
MERCI beaucoup ! bisou 
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alainx
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: L'Age dernier - chapitre 3 : La mission d' Abel   Mar 20 Aoû 2013 - 9:36

Silhène a écrit:
(...) Quelle est donc la mission impossible qu'Abel doit réaliser ?
TADAM !!
"Nous" le saurons prochainement !

Je dis "nous"... Car j'ignore moi-même ce que cette curieuse Mona Steir a demandé.....
euh ? 
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stasis
Occupe le terrain
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MessageSujet: Re: L'Age dernier - chapitre 3 : La mission d' Abel   Ven 23 Aoû 2013 - 11:34

quel talent ! 

Parler au passé de la science fiction actuelle dépassée par leur présent/notre futur... cool ! 

prière prière  vite vite, la suite sifflotte 
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ESCANDELIA
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: L'Age dernier - chapitre 3 : La mission d' Abel   Dim 1 Sep 2013 - 14:24

Ne voyant pas de suite à ton excellente fiction, (si si, j'insiste) j'en déduis que la chute est un mystère, celui de Mona . Mais cependant, j'y trouve un réel intérêt, car cela laisse le lecteur sans doute sur sa faim, mais le sentiment d'une aventure inachevée (comme bien des fois dans la vie, ) renforce la puissance de ton récit. J'ai eu un réel plaisir à te lire. Je ne suis pas particulièrement amatrice de fiction, mais là  salut bas , si toutes étaient du même tonneau, l'intérêt pour la lecture de nos jeunes en serait sans doute grandie.
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alainx
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: L'Age dernier - chapitre 3 : La mission d' Abel   Dim 1 Sep 2013 - 19:49

ESCANDELIA a écrit:
Ne voyant pas de suite à ton excellente fiction, (si si, j'insiste) j'en déduis que la chute est un mystère, celui de Mona . Mais cependant, j'y trouve un réel intérêt, car cela laisse le lecteur sans doute sur sa faim, mais le sentiment d'une aventure inachevée (comme bien des fois dans la vie, ) renforce la puissance de ton récit. J'ai eu un réel plaisir à te lire. Je ne suis pas particulièrement amatrice de fiction, mais là  salut bas ,  si toutes étaient du même tonneau, l'intérêt pour la lecture de nos jeunes en serait sans doute grandie.
Waaahh !
que de compliments. Merci !

Non l'histoire n'est pas finie....
J'ai commencé la suite.... mais pas trop le temps ce moment...
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MessageSujet: Re: L'Age dernier - chapitre 3 : La mission d' Abel   

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