Kaléïdoplumes 2 : 2010 / 2013


 
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 Plus coquin qu’un coq

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Tobermory
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MessageSujet: Plus coquin qu’un coq   Ven 20 Déc 2013 - 14:56

La nuit allait tomber quand le perroquet se mit à s'agiter. Pourtant ce perroquet là n’était pas destiné à remuer la moindre plume. C’était un impotent, un empoté, et pour tout dire un pot tout court. Un pot à eau, un pot à lait, peut-être un pot à vin, en tout cas un pot de faïence à bec verseur, bec de perroquet précisément. L’objet avait été créé par Florence, qui exerçait son artisanat  à l’atelier « La poterie de la Citadelle ». L’été battait son plein et la chaleur langoureuse avait peuplé son cerveau fertile d’une luxuriance de bougainvillées de flamboyants et d’oiseaux multicolores. C’est ainsi qu’entre ses mains, ce qui devait n’être qu’un pot assez banal, prit l’apparence d’un perroquet auquel le pinceau donna la touche finale.

Dans la soirée, le soleil s’apprêtait à disparaître lorsque risquant l’œil d’un rayon par la fenêtre de l’atelier, il tomba sur l’oiseau et le trouva si beau qu’il dota cette argile de l’étincelle de la vie. Voilà pourquoi l’oiseau commençait à s’agiter. Quand même, le soleil ne voulait pas frustrer la jolie potière qui l’avait façonné. Aussi dit-il à la nouvelle créature :
- Pendant trois jours, tu auras toute liberté de voler et de profiter de la vie comme tu l’entendras, mais ce délai passé, à midi pile, tu devras revenir ici pour te mettre au service de Florence. L’oiseau trop heureux d’échapper au monde des objets inanimés, promit et sans demander son reste il s’envola. Ravi des mille bonheurs et curiosités de la vie, il voletait de fenêtre en fenêtre, se délectant des scènes qui se déroulaient dans les cuisines et dans les chambres à coucher. Le matin il entendit un puissant Cocorico et aussitôt un soleil éclatant se leva à l’horizon. « Quelle est le demi-dieu qui jouit de ce pouvoir extraordinaire ? », se demanda-t-il. S’approchant, il vit un coq dressé sur ses ergots et le bec encore grand ouvert. De son côté, le coq regardait avec envie la livrée multicolore de l’oiseau. Lui si fier de son ramage, le trouvait maintenant bien terne à côté de cette palette exotique. Le perroquet, devinant les pensées de l’autre eut l’idée de lui proposer un marché :
- Que dirais-tu d’un échange de costumes ? En contrepartie, je te demande juste le privilège de chanter  le Cocorico à ta place.
Le coq hésita un instant puis accepta. Quel surcroît de prestige il aurait au poulailler avec cet habit flamboyant. Quand au Cocorico, pfff, ça ne s’improvise pas comme ça et il était sûr que le nouveau venu se montrerait inapte à la fonction.
Ils échangèrent donc leurs défroques de plumes et le coq ainsi attifé s’en alla parader à la basse-cour. Hélas, au lieu de l’admirer, les poules se mirent à ricaner devant ce bellâtre qu’elles prenaient pour un touriste. Certaines chuchotaient que cet accoutrement efféminé ne pouvait être que celui d’un travello.  En tous cas, il n’était pas question de lui accorder leurs faveurs. Autre déconvenue de taille, il constatait que le perroquet se débrouillait parfaitement du Cocorico car il avait immédiatement enregistré toutes les nuances et modulations du chant dont le coq s’imaginait seul capable.

Autant l’ex chanteur matinal déchantait, autant l’ex exotique exultait. Les poules le prenaient pour leur coq, se disant simplement qu’il avait minci et que ça lui allait drôlement bien. Durant deux jours, le perroquet connut tous les plaisirs d’un sultan dans son harem. Jusqu’au jour où lors d’une balade dans les environs, il découvrit une volière chatoyante des plumages de perruches, dames oiseau-lyre, et autres emplumées de Paradis. Comme les poulettes lui semblaient insipides à côté de cette Jet set de la gent ailée ! Hélas, il eu beau faire le joli cœur, sa livrée de basse-cour laissait de marbre cette cour de haute volée. Et puis soudain il se souvient que les trois jours tiraient à leur fin. Alors une idée lui vint. Il revint voir le coq et le laissa dévider ses confidences sur les poules qui se refusaient à lui.
-Peuh, dit le perroquet, qu’as-tu à faire de ces misérables femelles, je suis sûr que tu es promis à des amours bien plus prestigieuses.
- Tu veux dire des oies, des dindes, des cygnes ?
- Oh, non, bien plus haut que ça : les femmes, les compagnes des hommes.
- Comme la jolie fermière ? Pourtant j’ai beau me rengorger, elle ne m’accorde jamais un regard.
- C’est que tu t’y prends mal. Les femmes n’ont que faire des habits de plumes, ni de n’importe quels autres habit d’ailleurs. Ce qui les séduit, c’est la peau, le muscle, le moelleux de la chair, et pour ça, tu as tout ce qu’il faut, crois-moi. Flatté, le coq enleva l’habit chamarré et contempla sa nudité d’un œil de Narcisse. Le perroquet devint lyrique :
- ah la blancheur nacrée de cette peau, le grain sensuel de cette « chair de poule », la fermeté de ces cuisses, la nervosité de ces pattes, ce croupion… tellement mignon que je les mots me manquent…. Quelle chance d’avoir tout cela à offrir à une femme ! Et puis fini pour toi les ébats vulgaires sur le tas de fumier. A toi la douceur du lit, les draps blancs et les matelas moelleux.
Grisé par cette tirade, le coq se voyait déjà en amant hors-pair. Le perroquet ajouta :
- Entre nous, j’en connais une à qui tu plairas à coup sûr.
Et il lui donna l’adresse de FLorence en recommandant :
- Tu n’auras qu’à te coucher sur la table et attendre que la belle vienne te chercher.

Pendant que le perroquet renfilait son habit d’origine, le coq tout nu et tout fier, se précipita vers l’atelier et s’étendit sur la table attendant la suite.
Florence avait été très déçue de ne pas retrouver sa merveilleuse poterie, dont elle comptait tirer un bon prix. Elle s’était consolée dans les bras de son amant, mais midi arrivant leurs ébats leur donnaient faim et hélas, pour cause de porte-monnaie vide, le frigo l’était presque tout autant. Alors l’homme se levant s’écria «  Oh serait-ce un cadeau du 7ème ciel : un poulet dodu à souhait et tout frais plumé ! »

Le galant gallinacé finit bien sur un lit, mais ce fut un lit d’oignons et légumes variés.Le soleil qui avait tout vu, se dit que la potière ne retrouverait pas son pot de faïence, mais que la poule au pot ayant fait son bonheur et celui de son homme, on pouvait en rester là et laisser l’astucieux perroquet poursuivre sa vie de volatile.


Dernière édition par Tobermory le Lun 23 Déc 2013 - 21:50, édité 3 fois
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Amanda
Modératrice
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MessageSujet: Re: Plus coquin qu’un coq   Ven 20 Déc 2013 - 15:57

Quelle belle fable si habilement menée, encore une sorte de conte de Noël moderne, avec une morale en plus !
A chaque consigne, ta plume s'affine, tu m'étonnes, tu me ravis Tobermory ! smacks 
 quel talent ! quel talent ! 
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Charlotte
Maîtrise le sujet
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MessageSujet: Re: Plus coquin qu’un coq   Ven 20 Déc 2013 - 16:59

Quelle passionnante histoire je me suis régalée.Et quelle belle écriture tout en finesse et pleine de grace et élégance.
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catsoniou
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: Plus coquin qu’un coq   Dim 22 Déc 2013 - 8:33

L'incipit dépassé, le récit débute très fort : circonstancié dans la description du pot qui prend vie devant nos yeux ébahis avant de jouer fin auprès du coq fort marri  du tour joué par l'oiseau multicolore et dont la fin , quoique ordinaire pour un volatile dodu, n'en est pas moins cruelle ...

Cependant, voilà une bien jolie fable  quel talent ! 


En mon for intérieur, je m'interroge : les quatre poules de mon poulailler échangeraient volontiers l'ara
contre leur coq, certes bien pourvu en plumes et le reste à l'avenant. Mais je me garderais de laisser approcher l'oiseau multicolore parce qu'à terme mon coq ordinaire sera plus avantageux... en coq au vin !
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ESCANDELIA
Kalé'reporter
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MessageSujet: Re: Plus coquin qu’un coq   Dim 22 Déc 2013 - 20:50

Esope, La Fontaine, Tobermory, voilà des conteurs de fables que je me réjouie de lire ! Encore une belle histoire avec une morale toute en finesse.
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Silhène
Maîtrise le sujet
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MessageSujet: Re: Plus coquin qu’un coq   Lun 23 Déc 2013 - 21:32

J'ai lu ton histoire avec plaisir, j'ai essayé d'en deviner la fin, mais en habile conteur que tu es, je me suis laissée mener par le bout du nez !

 quel talent ! 
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Nerwen
Modératrice
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MessageSujet: Re: Plus coquin qu’un coq   Jeu 26 Déc 2013 - 18:04

Un vrai bonheur de lecture. Tu excelles à enchaîner les rebondissements et la fin est inattendue à souhait.  quel talent ! 
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Invité
Invité



MessageSujet: Re: Plus coquin qu’un coq   Lun 30 Déc 2013 - 13:28

Le coquin - et malin - dans l'histoire, c'est bien ce perroquet facétieux qui se sort avantageusement de toutes les situations. J'ai adoré ton texte Tober ! Quelquefois, je me demande où tu vas chercher toutes les trouvailles que tu nous sers, avec de surcroît une écriture que je t'envie.
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trainmusical
Festoyeur
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MessageSujet: Re: Plus coquin qu’un coq   Mar 31 Déc 2013 - 1:22

Comme les autres commentaires, je suis impressionné par ta plume.

 quel talent ! 
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